L’histoire est connue : lorsque le Jeune Bob Dylan arrive pour la première fois à New-York, sa seule véritable ambition est de rencontrer Woody Guthrie, alors hospitalisé pour le reste de ses jours, quelques années encore, pour mourir de la chorée de Huntington. C’est une ambition qu’il a réalisée. Il se rendait au Memorial Hospital avec sa guitare en bandoulière, allait voir son héros, et chantait quelques chansons pour lui – pour l’essentiel des chansons de Guthrie lui même : il en connaissait par cœur des dizaines.

C’est sans doute à cette époque qu’il a composé cette Song To Woody, enregistrée sur son premier album. Cette chanson est écrite sur la musique d’une chanson de Gutrhie (que l’on trouve sur ce site dans l’interprétation de Ramblin’ Jack Elliott), 1913 Massacre. Elle a elle-même des côté assez « guthiesques », en particulier dans les formules bien senties des deux premiers couplets évoquant par exemple le monde qui a l’air de mourir alors qu’il est tout juste né), et fait explicitement référence à certains vers de Woody, en évoquant « ceux qui arrivent avec la poussière et qui repartent avec le vent », formule reprise de la chanson Pastures Of Plenty (chanson dont on trouve plusieurs interprétations sur ce site, dont celle de Dylan, enregistrée à cette époque). Un hommage est par ailleurs rendu à certains des compagnons de Woody, Cisco Houston, Sonny Terry et Leadbelly.

Au final, une nostalgie de n’avoir pas vécu la vie de trimardeur qu’avait, dans sa jeunesse, chanté Woody Guthrie.


SONG TO WOODY

I’m out here a thousand miles from my home
Walking a road other men have gone down
I’m seeing a new world of people and things
Hear paupers and peasants and princes and kings.

Hey hey Woody Guthrie I wrote you a song
About a funny old world that’s coming along
Seems sick and it’s hungry, it’s tired and it’s torn
It looks like it’s a-dying and it’s hardly been born.

Hey hey Woody Guthrie but I know that you know
All the things that I’m saying and a many times more
I’m a-singing you the song but I can’t you sing enough
‘Cause there’s not many men that’ve done the things that you’ve done.

Here’s to Cisco and Sonny and Leadbelly too
And to all the good people that travelled with you
Here’s to the hearts and the hands of the men
That come with the dust and are gone with the wind.

I’m a-leaving tomorrow but I could leave today
Somewhere down the road someday
The very last thing that I’d want to do
Is to say I’ve been hitting some hard travelling too.