Le statut d’une femme comme Sarah Ogan dans l’histoire de la chanson folk ne va pas de soi. Elle n’a rien fait qui puisse s’assimiler à une « carrière », même s’il lui est arrivé de participer, dans les années 60, à quelques festivals folk, et même si elle a à cette époque enregistré quelques chansons, tant traditionnelles que de son cru. Et même si, dès les années 30, elle avait déjà enregistré quelques titres. C’était alors, à l’initiative d’Alan Lomax, pour la Bibliothèque du Congrès. C’était d’abord une militante syndicaliste de la classe ouvrière, une femme de mineur du Kentucky.

Le Kentucky est l’un des réservoirs de la chanson traditionnelle américaine, et les régions minières n’échappaient pas à la règle. Sarah Ogan, comme son frère Jimmy Garland ou sa sœur Aunt Molly Jackson, militait en chansons. Il y a sur ce site l’une de ses chansons, sobrement intitulée « Je hais le système capitaliste », interprétée par Barbara Dane sur un album publié sous ce titre. Et ce titre dit l’essentiel du point où Sarah Ogan voulait en venir, de ce qu’elle voulait exprimer par ses chansons. C’est la même morale qui est celle de celle-ci, Come All You Coal Miners. Écrite sur la même musique traditionnelle que la chanson consacrée par Jim Garland et Aunt Molly Jackson à l’assassinat du jeune syndicaliste Harry Simms (chanson que l’on trouve sur ce site dans l’interprétation de Pete Seeger), et avec des premiers vers qui (comme ceux de The Death Of Harry Simms) reprennent la technique traditionnelle de nombreuses chansons consistant à héler un auditoire pour annoncer l’histoire, Sarah Ogan évoque la vie dangereuse des mineurs exploités par ce « sale système capitaliste », qu’elle appelle à « noyer dans le plus sombre des puits de l’Enfer » en exhortant les mineurs à s’organiser.

Elle donne une interprétation a capella de sa chanson (en omettant le deuxième couplet, dont le texte est néanmoins donné ci-après) : une chanson faite pour chanter dans des meetings syndicaux plus que dans des salles de concert ou des studios d’enregistrement. Très loin de l’industrie du show-business, c’est un véritable document sur ce que pouvait être dans les années 30 la chanson protestataire en milieu populaire, comme instrument de la lutte des classes.

COME ALL YOU COAL MINERS

Come all you coal miners wherever you may be
And listen to a story that I’ll relate to thee
My name is nothing extra, but the truth to you I’ll tell
I am a coal miner’s wife, I’m sure l wish you well.

l was born in old Kentucky, in a coal camp born and bred,
I know all about the pinto beans, bulldog gravy and cornbread,
And I know how the coal miners work and slave in the coal mines every day
For a dollar in the company store, for that is all they pay.

Coal mining is the most dangerous work in our land today
With plenty of dirty. slaving work, and very little pay.
Coal miner, won’t you wake up, and open your eyes and see
What the dirty capitalist system is doing to you and me.

They take your very life blood, they take our children’s lives
They take fathers away from children, and husbands away from wives.
Oh miner, won’t you organize wherever you may be
And make this a land of freedom for workers like you and me.

Dear miner, they will slave you ’til you can’t work no more
And what’ll you get for your living but a dollar in a company store
A tumbled-down shack to live in, snow and rain pours in the top.
You have to pay the company rent, your dying never stops.

I am a coal miner’s wife, I’m sure l wish you well.
Let’s sink this capitalist system in the darkest pits of hell.