Brother Can You Spare A Dime? est l’une des grandes chansons de la grande dépression, écrite en 1930 par Yip Harburg etJay Gorney, qui avait tiré sa musique de celle d’une vieille berceuse yiddish, apprise de sa grand-mère dans sa Russie natale. Elle faisait partie d’un spectacle musical de Broadway en 1932, mais en a été retirée pour sa tonalité anticapitaliste. Elle a ensuite été enregistrée par Bing Crosby et par Al Johnson, et est devenue un grand succès à l’époque de la première élection de F.D. Roosevelt.

La chanson met en scène un mendiant, demandant à tout venant de partager dix cents avec lui, à qui l’on avait dit qu’il construisait un rêve, au bout duquel il devait rencontrer la paix et la gloire, qui avait manié la charrue en temps de paix et le fusil en temps de guerre, qui était toujours prêt pour travailler, et ne comprend pas pourquoi il doit maintenant faire la queue pour un morceau de pain. Il avait construit des chemins de fer et fait marcher des trains, construit des gratte-ciels, mais tout cela est maintenant fini. Il avait aussi porté l’uniforme et marché dans la boue de l’Enfer, du temps où on l’appelait simplement Al. Tu ne partagerais pas dix cents, mon frère ?

Yip Harburg était le fils d’immigrants juifs de Russie, et était politiquement socialiste (son pseudonyme « Yip » correspond au mot Yipsels, nom donné aux militants de la Young People Socialist league, le mouvement de jeunesse du parti socialiste), très investi en faveur des libertés publiques et contre la ségrégation. Inquiété à l’époque de la chasse aux sorcières, il avait été inscrit sur la liste noire pour avoir refusé de donner les noms des communistes qu’il connaissait, ce qui ne l’ pas empêché d’écrire une comédie musicale en 1951 sur… la chasse aux sorcières et l’hystérie anticommuniste, qui fut bien sûr interdite après l’important succès de ses quarante premières représentations. On lui doit en outre le texte des chansons du magicien d’Oz, qui lui a valu un Oscar.

Fred Hellerman a chanté cette chanson avec les Weavers. Elle est ici interprétée par Dr. John (pour les deux premiers couplets) et Odetta, sur son grand âge, dans un style jazzy qui lui correspond bien.

BROTHER CAN YOU SPARE A DIME?

They used to tell me I was building a dream
And so I followed the mob
When there was earth to plow or guns to bear
I was always there, right on the job

They used to tell me I was building a dream
With peace and glory ahead
Why should I be standing in this line
Waiting for bread?

Once I built a railroad, I made it run
Made it race against time
Once I built a railroad, now it’s done
Brother, can you spare a dime?

Once I built a tower up to the sun
Brick and rivet and lime
Once I built a tower, now it’s done
Brother, can you spare a dime?

Once in khaki suits, brother, sure looked swell
Full of that Yankee Doodly Dum
Half a million boots went slogging through Hell
And I was the kid with the drum

Say, don’t you remember? They called me ‘Al’
It was ‘Al’ all the time
Why don’t you remember? I’m your pal
Say buddy, can you spare a dime?