Pour son quatre-vingtième anniversaire, en septembre 2014, Leonard Cohen a sorti le quatorzième album d’une carrière commencée en 1967, alors qu’il était déjà un poète et un romancier reconnu. Le même scénario s’est reproduit plusieurs fois dans sa vie, et avait même déterminé son passage à la chanson : le besoin d’argent, souvent lié à des escroqueries dont il avait été victime, le condamnait à reprendre du service. Une fois de plus, ce disque est un chef d’œuvre de poésie et d’intelligence désespérée.

« J’ai vu des gens mourant de faim. Il y avait du meurtre, il y avait du viol. Leurs villages brûlaient. Ils tentaient de fuir. Je ne pouvais croiser leurs regards. Je regardais mes chaussures. C’était acide, c’était tragique. C’était presque comme le blues.[…] Il n’y a pas de Dieu dans le ciel. Et il n’y a pas d’Enfer en dessous. C’est ce que dit le grand professeur. On peut tirer du savoir de tout. Mais j’ai reçu une invitation qu’un pêcheur ne peut refuser. Et c’est comme le Salut. Et c’est presque comme le blues. »

ALMOST LIKE THE BLUES

I saw some people starving
There was murder, there was rape
Their villages were burning
They were trying to escape
I couldn’t meet their glances
I was staring at my shoes
It was acid, it was tragic
It was almost like the blues

I have to die a little
Between each murderous thought
And when I’m finished thinking
I have to die a lot
There’s torture and there’s killing
And there’s all my bad reviews
The war, the children missing
Lord, it’s almost like the blues

So I let my heart get frozen
To keep away the rot
My father said I’m chosen
My mother said I’m not
I listened to their story
Of the Gypsies and the Jews
It was good, it wasn’t boring
It was almost like the blues

There is no G-d in Heaven
And there is no Hell below
So says the great professor
Of all there is to know
But I’ve had the invitation
That a sinner can’t refuse
And it’s almost like salvation
It’s almost like the blues