Liza Kalverage était une activiste, qui a eu en particulier un grand investissement contre la guerre du Vietnam. Le 25 mai 1965, avec deux autres amies, elle avait bloqué le départ d’un navire qui devait livrer quelques tonnes de Napalm à l’armée américaine. Dans leurs plus beaux habits du dimanche, elles s’étaient tenues sur la plateforme menant au bateau, refusant d’en bouger. Il avait fallu les emmener de force, et elles avaient été arrêtées.

À son procès, elle avait raconté son histoire, et ce sont de ses propres mots que Pete Seeger a tiré magnifique chanson ici proposée. Elle avait expliqué à ses juges comment elle avait été amenée à prendre conscience des questions de responsabilité individuelle et collective. Née en 1923 à Nurenberg, elle avait grandi dans l’Allemagne nazie. Toute jeune, à la fin de la guerre, elle avait rencontré un militaire américain qui se trouvait là en garnison, et qui devait devenir le compagnon de toute une vie, Bernie Kalverage. Mais épouser un militaire américain, en 1945, pour une jeune allemande, n’allait pas de soi : elle avait été longuement interrogée sur son attitude passée à l’époque nazie. Elle n’était qu’une enfant, puis une adolescente quand ce système avait été mis en place. On lui avait alors demandé ce qu’avait été l’attitude de ses parents, et c’est là une question à laquelle elle ne savait pas répondre.

Devenue américaine, elle n’avait pas oublié la leçon. Elle savait qu’on ne doit pas assister sans réagir aux crimes qui se commettent. Elle savait qu’à défaut, on encourrait une responsabilité collective. Et que ses enfants sauraient quoi répondre lorsqu’on leur demanderait ce que faisait leur mère lorsque…

Liza Kalverage est décédée le 8 mars 2009, toujours militante. Cinq enfants, six petits-enfants, deux arrière-petits-enfants sauront répondre à la question.

MY NAME IS LISA KALVELAGE

My name is Lisa Kalvelage, I was born in Nuremberg
And when the trials were held there nineteen years ago
It seemed to me ridiculous to hold a nation all to blame
For the horrors that the world did undergo
A short while later when I applied to be a G. I. bride
An American consular official questioned me
He refused my exit permit, said my answers did not show
I’d learned my lesson about responsibility.

Thus suddenly I was forced to start thinking on this theme
And when later I was permitted to emigrate
I must have been asked a hundred times where I was and what I did
In those years when Hitler ruled our state
I said I was a child or at most a teen-ager
But that only extended the questioning
They’d ask, where were my parents, my father, my mother
And to this I could answer not a thing.

The seed planted there at Nuremberg in 1947
Started to sprout and to grow
Gradually I understood what that verdict meant to me
When there are crimes that I can see and I can know
And now I also know what it is to be charged with mass guilt
Once in a lifetime is enough for me
No, I could not take it for a second time
And that is why I am here today.

The events of May 25th, the day of our protest,
Put a small balance weight on the other side
Hopefully, someday my contribution to peace
Will help just a bit to turn the tide
And perhaps I can tell my children six
And later on their own children
That at least in the future they need not be silent
When they are asked, Where was your mother, when?