Après une éclipse dune trentaine d’année, Odetta a fait un bref come back dans les années 2000. Elle avait abandonné sa guitare pour tourner avec un petit orchestre « jazzy ». Elle a perdu un peu de sa puissance vocale, mais a gardé une grande expressivité. Ici, elle chante une chanson de Laedbelly, auquel elle a à cette époque consacré un album. Le style adopté est très différent de celui de Laedbely, qui représentait la musique afro-américaine dans ce qu’elle avait de plus « archaïque » (une « authenticité » que prisait fort son ami Woody Guthrie). Mais cette interprétation restitue à merveille le caractère intemporel du blues. Cette chanson, « Jim Crow Blues » est l’une de celle que Laedbelly a consacrées à la question des droits civiques. Bien que, contrairement à Odetta, Laedbelly n’ait jamais été à proprement parler « engagé », il avait une sensibilité politique très marquée, en particulier du fait de son entourage, très lié aux milieux progressistes de la musique populaire.

Odetta abrège ici sa version en public, tant par rapport celle de Leadbelly, à laquelle elle apporte quelques modifications mineures, que par rapport à celle qu’elle a elle-même enregistrée dans son disque consacré aux chansons de Leadbelly. Avant de commencer sa chanson, elle explique brièvement : « Nous avons entendu parler de la ségrégation, et dans les années vingt et trente, toute cette exclusion s’appelait Jim Crow, et Leadbelly a écrit un blues intitulé le Blues de Jim Crow. » Dans cette chanson, le système Jim Crow est appelé en termes semi-abstraits « Jim Crowism » par Leadbellly.

JIM CROW BLUES

John Johnson told me and it’s true,
Jim Crowism is bad luck for me and you
Jim Crowism is bad luck for me and you

It’s down in Louisiana, Tennessee, Mississippi,
New-York and California that’s a great place to be
Go over there you’ll find some old Jim Crow

I told everybody over the radio
We gotta get together people and put a stop this old Jim Crow
Gotta get together people, and break up this old Jim Crow
Gotta get together people, and break up this old Jim Crow