Dans les années 60, à la faveur de la folk revival, est né tout un courant musical : le blues blanc. Il s’agissait pour l’essentiel de l’adaptation et de l’appropriation par les jeunes artistes de la scène folk du répertoire du blues rural – pour l’essentiel noir – des années 20-40, dont les très nombreux enregistrements sur disque devenaient des objets de collection. Dans le public noir, ce style de blues commençait plus ou moins à passer de mode, même si un Lightnin’ Hopkins continuait à le développer, ou si un Big Bill Broonzy y revenait, et ce qui se développait – avec des artistes comme Muddy Waters ou Howling Wolf, était marqué par un son très fort, des guitares amplifiées, une accentuation des rythmes. Telle était la musique qui plaisait aux masses noires de Chicago ou de Detroit. Mais en même temps qu’ils redécouvraient la musique populaire blanche des Appalaches et les vieilles ballades anglo-saxonnes, les jeunes gens de Greenwich Village découvraient les trésors du blues rural, ainsi que certains de ses acteurs, redécouverts par les folkloristes et ethnomusicologues : des gens comme Mississippi John Hurt ou Son House, tombés dans l’oubli, retrouvaient un public dans les festivals folk et sur les campus universitaires.

Si le blues d’avant-guerre est pour l’essentiel une musique noire, il existait déjà dès les années 30 un véritable blues blanc, dans la musique dite « hilbilly », ou par des artistes comme Jimmie Rodgers. Mais ce n’est pas leur filiation qui a pour l’essentiel constitué le blues blanc des années 60 : c’est bien la référence aux musiciens des « race records ».

Un artiste comme Dave Van Ronk est très représentatif de l’émergence de ce nouveau blues blanc. Mais le premier disque de Bob Dylan, par exemple, presque entièrement consacré à de superbes interprétations de ce répertoire, en participe également. Dans la même veine, des chanteurs comme Tom Rush ou Tim Hardin, ou encore John Koerner ou Fred Neil, se sont illustrés. Patrick Sky aussi.

Patrick Sky était issu d’une double souche : irlandaise et amérindienne. Il a beaucoup milité dans les mouvements amérindiens, et composé plusieurs chansons sur ce sujet. Mais il a également, avec constance et talent, touché au blues, sans se limiter au répertoire traditionnel. Celui-ci est de sa composition. C’est le blues de la séparation. Séparation entre sa compagne et lui, et de façon plus métaphorique entre la mouche et l’araignée, entre Adam et le jardin d’Eden, entre Jean-Baptiste et sa tête…

SEPARATION BLUES

Well, I’m in the kitchen, my baby’s in the hall
Yes, I’m in the kitchen, well my baby’s in the hall
Yes, I’m in the kitchen, baby’s in the hall
She won’t speak to me at all
‘Cause you know we got, we got the separation blues

Said, you see that fly crawling up that wall, ta ta ta ta, ta ta ta ta
Yes, you see that fly stomping up that wall
You see that fly crawling up that wall
He won’t speak to Miss Spider at all
‘Cause you know they got, they got the separation blues

When you kick your baby outta bed because she won’t treat you nice
When you feel mistreated, well buddy take my advice
Leave that woman, and leave her quick, ta ta ta ta, ta ta ta ta
Yes, leave that woman, and leave her quick
Yes, leave that woman, and leave her quick, else she’ll have you on a stick
You know it’s better to leave, and get some separation blues

Now, Adam ate the apple which Eve did thieve
Yes, Adam ate that apple which Eve did thieve
Yes, Adam ate the apple which Eve did thieve
The Lord said, « Adam, you’ve gotta leave »
You know that gave him, gave him the separation blues

Now, the last words that poor John The Baptist said, ta ta ta ta, ta ta ta ta
Yes, the last words that John The Baptist said,
Yes, the last words that John The Baptist said
Just before he, lost his head, UH!
Gives me, gives me the separation blues

All this goes to prove since time began what cause of women can do to men
It’s better to buy than to be sold, to the gutter for a bottle of gin
If she don’t treat you like you think she should ta ta ta ta, ta ta ta ta
Said, if she don’t treat you like you think she should
Yes, if she don’t treat you like you think she should, services ain’t no longer no good
Well buddy it’s time you got a dose of separation
Said, time you got a dose of separation blues