Power And The Glory est tirée du premier album de Phil Ochs, en 1964, All The News That’s Fit To Sing, Toutes les nouvelles bonnes à chanter : Phil Ochs, plus qu’un protest singer, un chanteur protestataire, se voulait un topical singer, un chanteur de chansons d’actualité. Pourtant, dès son premier disque, il dépasse les simples sujets d’actualité pour des textes d’une plus grande généralité. C’est le cas de cette chanson, écrite au cours de l’année précédente, quand il n’avait pas 23 ans. A bien des égards, c’est une de ses chansons dans lesquelles l’influence de Woody Guthrie se fait le plus sentir, pour ce qui est de son texte. Quant à la musique, comme les autres jeunes auteurs-compositeurs folk de son époque, Phil Ochs composait des mélodies originales, là où Guthrie allait le plus souvent cueillir dans l’inépuisable réservoir des mélodies traditionnelles. Lorsqu’il écrivait cette chanson, Ochs aurait déclaré à sa sœur que ce serait la meilleure de toutes celles qu’il pourrait faire. Compte tenu de l’abondance de sa production ultérieure, il est difficile d’en juger, mais il n’est pas accessoire que telle ait été son idée. Et le fait est qu’elle a eu un écho puissant.

Si elle le rattache à Woody Guthrie, c’est que Power And The Glory est un peu le This Land Is Your Land de Phil Ochs : on peut à première vue la voir comme une chanson « patriotique » à la gloire des États-Unis. Cela pourrait sembler paradoxal, pour un jeune folksinger politiquement très radical, auteur par ailleurs de nombreuses chansons anti-impérialistes, qu’il assumait être dirigées contre son pays, mais cet hymne n’est pas sans ambivalence. Le refrain montre d’ailleurs le bout de l’oreille : « Voici un pays plein de puissance et de gloire, une beauté dont les mots ne peuvent pas rendre compte. Sa puissance reposera sur la force de sa liberté, sa gloire reposera sur nous tous ».

Mais c’est au troisième couplet que les choses deviennent très claires : après avoir vanté dans les deux premiers les beautés et la diversité des États-Unis, comme le fait Guthrie dans sa propre chanson, il dit de ce pays : « Pourtant, il n’est pas plus riche que le plus pauvre de ses pauvres, pas plus libre que la porte de ses prisons, et seulement grand de notre propre taille lorsque nous nous tenons debout. » La chanson originale comportait un couplet complémentaire, que Phil Ochs n’a pas enregistré, le remplaçant par une répétition du premier. Et ce couplet, que l’on trouvera dans le texte ci-après, allait plus loin encore : « Mais notre pays reste troublé par des hommes qui pensent devoir haïr. Ils enferment notre liberté et ils enferment notre destinée. La peur est leur arme, et ils crient à la trahison. Nous pouvons les arrêter si nous essayons. » Mais même si ce dernier couplet est demeuré longtemps inconnu, la tonalité de la chanson était indiscutablement progressiste. Pourtant, tout un public n’en a retenu, peut-être sur la base de son titre et de ses deux premiers couplets, et avec une écoute trop rapide de son refrain, que le côté patriotique, qu’un chant de gloire à cette Amérique pour laquelle ses sentiments n’étaient à tout le moins pas si enthousiastes. C’est ainsi que si elle a été reprise par Pete Seeger ou Ronnie Gilbert, elle l’a également été par le chœur des soldats de l’armée des États-Unis, ou par la chanteuse réactionnaire Anita Bryant – au grand amusement de Phil Ochs, qui réutilisera les arrangements de cette dernière lors d’un nouvel enregistrement de sa chanson.

POWER AND THE GLORY

Come and take a walk with me thru this green and growing land
Walk thru the meadows and the mountains and the sand
Walk thru the valleys and the rivers and the plains
Walk thru the sun and walk thru the rain

Chorus :
Here is a land full of power and glory
Beauty that words cannot recall
Oh her power shall rest on the strength of her freedom
Glory shall rest on us all

From Colorado, Kansas, and the Carolinas too
Virginia and Alaska, from the old to the new
Texas and Ohio and the California shore
Tell me, who could ask for more?

(Chorus)

Yet she’s only as rich as the poorest of her poor
Only as free as the padlocked prison door
Only as strong as our love for this land
Only as tall as we stand

(Chorus)

But our land is still troubled by men who have to hate
They twist away our freedom & they twist away our fate
Fear is their weapon and treason is their cry
We can stop them if we try