Une chanson avait été écrite aux débuts de la guerre de sécession à la gloire du grand abolitionniste John Brown, John Brown’s Body (on la trouve sur ce site dans l’interprétation de Pete Seeger), et circulait dans certaines armées nordistes – en particulier le deuxième bataillon du Massachusetts, le « bataillon Tigre » au sein duquel elle avait pris naissance. C’est en l’entendant en 1861, que Julia Ward Howe a conçu Battle Hymn Of The Republic, qui en reprend la structure et l’essentiel du refrain (lui même emprunté à un hymne religieux traditionnel datant du début du XIXe siècle), en en élargissant le propos. Sa chanson est publiée en 1862, et devient vite l’hymne officieux des armées nordistes dans leur ensemble. Si la tonalité religieuse de la chanson originale était marquée, comme en témoigne le refrain, elle devient essentielle dans la chanson dérivée. C’est d’ailleurs une certaine fidélité à la pensée de John Brown que de faire de l’émancipation une exigence religieuse. Là où John Brown’s Body concluait son refrain par l’affirmation « Son âme est en marche », Battle Hymn Of The Republic conclut le sien par « Sa vérité est en marche » : et c’est ici de la vérité du Seigneur qu’il est question. Le message est explicité dans le dernier couplet que chante ici Odetta, avant de reprendre le premier : « Comme il est mort pour sanctifier les hommes, mourrons pour les libérer ».

Les destinées de cette chanson, aussi connue sous le titre tiré de ses premiers mots Mine Eyes Have Seen The Glory, illustrent la formation du mythe national américain. Hymne nordiste, elle est devenue un hymne officieux du pays lui-même : on l’a ainsi jouée aux obsèques de Ronald Reagan. Mais après tout, il était membre, par une ruse de l’histoire, du parti d’Abraham Lincoln. Elle est aussi et surtout devenue un élément du patrimoine progressiste des États-Unis : la revendication de la mémoire de la guerre de sécession reste un enjeu politique contemporain. Le second vers évoque la récolte des « raisins de la colère ». C’est l’origine du titre du livre de John Steinbeck : un titre puisé au cœur de la culture progressiste américaine.

BATTLE HYMN OF THE REPUBLIC

Mine eyes have seen the glory of the coming of the Lord:
He is trampling out the vintage where the grapes of wrath are stored;
He hath loosed the fateful lightning of His terrible swift sword:
His truth is marching on.

Chorus:
Glory, glory, hallelujah!
Glory, glory, hallelujah!
Glory, glory, hallelujah!
His truth is marching on

I have seen Him in the watch-fires of a hundred circling camps,
They have builded Him an altar in the evening dews and damps;
I have read His righteous sentence by the dim and flaring lamps:
His truth is marching on.

(Chorus)

I have read a fiery gospel writ in burnished rows of steel:
« As ye deal with my contemners, so with you my grace shall deal;
Let the Hero, born of woman, crush the serpent with his heel,
His truth is marching on.

(Chorus)

He has sounded forth the trumpet that shall never call retreat;
He is sifting out the hearts of men before His judgment-seat:
Oh, be swift, my soul, to answer Him! be jubilant, my feet!
His truth is marching on.

(Chorus)

In the beauty of the lilies Christ was born across the sea,
With a glory in his bosom that transfigures you and me:
As he died to make men holy, let us die to make men free,
His truth is marching on.

(Chorus)