D’après Alan Lomax, Florence Reece avait 12 ans lorsqu’elle avait écrit la première version de cette chanson éternelle. C’est donc d’abord une enfant dont le père, un mineur, était alors en grève, qui pose la question fondamentale de tout engagement : de quel côté es-tu ?

Une vingtaine d’années plus tard, en 1931, elle l’a reprise en en adaptant le texte en référence à un conflit, dont son mari, Sam Reece, était l’un des animateurs : une lutte qui devait durer près de dix ans, restée dans les mémoires sous le nom de Guerre de Harlan County, qui mit aux prises les mineurs du Kentucky et la police aux ordres des patrons. Cette guerre fit de nombreux morts, tant du côté des mineurs que du côté des forces de l’ordre et des patrons. C’est là qu’a été assassiné Harry Simms, un jeune agitateur communiste âgé de 19 ans, auquel Aunt Molly Jackson, elle-même militante de ce mouvement, a consacré avec son frère Jim Garland une chanson que l’on trouve sur ce site dans la version de Pete Seeger. L’enjeu du conflit était le droit pour les mineurs de s’organiser et de lutter pour leurs revendications. Le 16 février 1931, les propriétaires des mines avaient décidé de baisser les salaires de leurs ouvriers pour pouvoir sans pertes casser les prix du charbon. Pour ce faire, ils avaient commencé par licencier les syndicalistes. Il y eut 5800 grévistes et seulement 900 jaunes, travaillant sous la protection de nervis et de policiers.

Florence Reece a évoqué ainsi les conditions et l’état d’esprit dans lesquels elle avait fait sa chanson : « Le Sheriff J.H. Blair et ses hommes sont venus à la maison à la recherche de Sam – c’est mon mari – qui était l’un des leaders du syndicat. J’étais seule à la maison avec nos sept enfants. Ils ont dévasté la maison, puis sont restés en regardant dehors, en attendant de descendre Sam quand il rentrerait. Mais il n’est pas rentré cette nuit. Ensuite, j’ai déchiré une feuille du calendrier du mur, et j’ai écrit les mots : « De quel côté êtes-vous ? » sur un vieil hymne baptiste, « Couche doucement le lys ». Mes chansons s’adressent toujours aux déshérités, aux travailleurs. Je suis l’une d’entre eux, et je sens que je dois être avec eux. Il n’y a rien comme la neutralité. Tu dois être d’un côté ou de l’autre. Il y a des gens qui disent « je ne suis ni d’un côté ni de l’autre, je suis neutre », mais ça n’existe pas. Dans ta tête, tu es d’un côté ou de l’autre. Dans le comté de Harlan, il n’y avait pas de neutres. Si tu n’étais pas un nervi, tu étais un syndicaliste. Il le fallait. »

Pete Seeger, qui a plus tard bien connu plusieurs des acteurs de cette histoire, et en particulier Aunt Molly Jackson et Jim Garland, a appris cette chanson en 1940 par Alan Lomax, qui l’avait recueillie en 1937 pour la Bibliothèque du Congrès. Il l’a enregistrée l’année suivante avec les Almanac Singers, dans une version que l’on trouve sur ce site. Il en donne ici une version légèrement différente, où il termine par le premier couplet par la formule qui commence tant et tant de ballades, appelant le public des travailleurs à se rassembler pour l’écouter. Il est accompagné dans le refrain par son public, qui pose avec lui la grande question au cœur de l’engagement et de l’action:  Whitch Side Are You On ? De quel côté êtes-vous ? De quel côté es-tu ?

WHITCH SIDE ARE YOU ON ?

Which side are you on, boys?
Which side are you on?

Which side are you on, boys?
Which side are you on?

They say in Harlan County
There are no neutrals there
You’ll either be a union man
Or a thug for J. H. Blair

Which side are you on, boys?
Which side are you on? Tell me…

Which side are you on, boys?
Which side are you on?

My daddy was a miner
And I’m a miner’s son
He’ll be with you fellow workers
Until this battle’s won. Tell me…

Which side are you on?
Which side are you on?

Which side are you on?
Which side are you on?

Oh workers can you stand it?
Tell me how you can
Will you be a lousy scab
Or will you be a man?

Which side are you on?
Which side are you on? Tell me…

Which side are you on?
Which side are you on?

Come all of you good workers
Good news to you I’ll tell
Of how the good old union
Has come in here to dwell. Tell me…

Which side are you on, boys?
Which side are you on? Tell me…

Which side are you on, boys?
Which side are you on?