Sam Hopkins tient une place à part dans le blues de l’après-guerre. Animé d’une peur panique de l’avion, il se déplaçait peu, et régnait en maître sur la scène blues de Houston, Texas. Plus ou moins parent de Texas Alexander, c’est surtout de Blind Lemon Jefferson, rencontré en 1920, quand il n’avait que 8 ans, qu’il apprendra le plus, en l’accompagnant comme il arrivait souvent à des enfants pauvres de le faire pour des bluesmen aveugles. Il est de ce fait un authentique représentant de la tradition texane du blues. Mais il ne réussit jamais à percer avant-guerre, gagnant sa vie comme ouvrier agricole. C’est seulement en 1946, déjà âgé de 34 ans, qu’il tente sa chance à Houston, et est remarqué par la productrice des disques Alladin, qui l’invite à enregistrer dans ses studios californiens en compagnie du pianiste Wilson « thunder » Smith. Pour faire bonne mesure, et puisque Smith était surnommé « tonnerre », Hopkins devient « l’éclair » : Lightnin’ Hopkins est né. De retour à Houston, qu’il ne quittera plus guère, il s’y impose par l’ampleur de son répertoire, ses talents de guitariste et d’improvisateur, dans tous les registres du blues. Il conquiert alors un vaste auditoire noir après duquel il devient une référence.

En 1960, à la faveur de la folk revival et de l’intérêt renouvelé pour le blues dans le public blanc, il est invité à New-York, où il joue à Carnegie Hall aux côtés de Joan Baez et de Pete Seeger. Le disque qu’il a enregistré en duo avec Barbara Dane est le premier dont la pochette laissait voir, dans une complicité évidente, un artiste noir en compagnie d’une artiste blanche. A cette époque, pour complaire à ce nouveau public, il troque sa guitare électrique pour une guitare acoustique, et enregistre ainsi quelques disques, y compris pour Folkways. Mais il n’abandonne jamais, ni son propre public, ni son style habituel, avec une guitare amplifiée, et parfois un petit orchestre.

Lightnin’ Hopkins a enregistré plusieurs versions, très différentes, de cette chanson, Bring Me My Shotgun, ou plus simplement Shotgun. C’était son habitude d’improviser ses textes sur un thème donné, et si l’on retrouve des phrases ou des idées communes, chaque interprétation est en fait celle d’une œuvre originale. Malgré l’air nonchalant du chanteur, c’est un sentiment violent qui l’anime : il demande qu’on lui apporte son pistolet, parce qu’il est décidé à tuer sa femme, trop infidèle à son goût. Il veut son pistolet. Et une pleine poche de cartouches. Il va la tuer et plus personne ne saura où elle se trouve. La femme proteste : « Lightnin’, tu ne peux pas me tuer ! Rien que le fait d’essayer, et tu es mort ! Ose seulement essayer ! » A la fin, si il ne la tue pas, il s’en explique : « C’est mon pistolet à double barillet qui ne peut pas tirer… ».

Comme souvent dans le blues, on est dans le double-entendre. La métaphore sexuelle est transparente, et Lightnin’ Hopkins parle de son impuissance, qui explique sans doute le caractère volage de sa femme…

https://www.youtube.com/watch?v=KCqEOboRctY

BRING ME MY SHOTGUN

Woah, go bring me my shotgun
Oh Lightnin’ gonna start shootin’ again
Go bring me my shotgun
You know I just gotta start shootin’ again
You know I’m gonna shoot my woman
Cause she’s foolin’ around with too many men

Yes bring me my shotgun
Yes man and a pocket full of shells
Yes go bring me my shotgun
Yes man and a pocket full of shells
Yeah you know I’m gonna kill that woman
I’m gonna throw her in that old deep dug well

(Hide her from everybody they won’t know where she at)

That woman said Lightnin’ you can’t shoot me
She said now you is dead of tryin’
(I don’t take a day off for nobody)
She said Lightnin’ you can’t shoot me
She said yes and you dare to try
I said the only reason I don’t shoot you little woman
My double barrel shotgun, it just won’t fire