C’est une curieuse chanson que Darling Corey : une véritable chanson folklorique, issue de ce réservoir incroyable de folklore que sont les Appalaches – en l’occurrence, sans doute du Kentucky – mais qui n’est manifestement pas si ancienne que cela, puisque certains indices la font simplement remonter à l’époque de la prohibition – même si le personnage, Corey chérie, apparait dans certaines chansons antérieures, où il est aussi question d’un joueur professionnel. Ici, si Corey (ou, dans certains versions, Cory, voire Cora) doit se lever, c’est parce que les agents du fisc arrivent, et vont dévaster sa tranquille demeure. Et si elle dort si profondément, le moonshine, ce faux whisky blanc de contrebande n’y est sans doute pas pour rien. Celui qui cherche à la réveiller, au demeurant, ne vaut guère mieux. Ainsi qu’il l’explique, le mauvais alcool a ruiné son corps, et les jolies femmes lui sont montées à la tête. A moins que ce ne soit le contraire ? Qui sait… Corey fait ce qu’elle peut, mais on ne l’y reprendra pas à donner son plaisir à un autre joueur professionnel. La chanson continue : « La première fois que j’ai vu Corey chérie, elle était assise au bord de la mer, avec un gros pistolet en bandoulière, et un banjo sur les genoux. La dernière fois que j’ai vu Corey chérie, elle avait un verre à la main, et buvait pour oublier ses peines avec un autre bon à rien de joueur… » Rien n’est vrai dans tout cela, et en tous cas, en plein Kentucky, pas la mer. Quant au reste, tout est possible. Mais on a du mal à croire au dernier couplet, où il est question de creuser un trou dans la prairie, dans la terre froide, pour y allonger Corey.

Il existe de nombreuses versions de cette chanson, enregistrée pour la première fois en 1927, et transcrite dans plusieurs recueils dans les années 40. Il semble que toutes recourent au banjo dans leur accompagnement. Pete Seeger lui-même en avait enregistré auparavant une toute autre version, dans un album éponyme. Celle-ci est conforme à celle enregistrée par les Weavers.


DARLIN’ COREY

Wake up, wake up Darlin’ Corey
What makes you sleep so sound?
Them revenue officers are comin’
Gonna tear your still-house down.

Wake up, wake up, Darlin’ Corey,
Quit hangin’ around my bed
Bad liquor has ruined my body
Pretty women gone to my head.

Oh yes, oh yes, my Darlin’,
I’ll do the best I can
But I’ll never give my pleasure
To another gamblin’ man.

Well, the first time I seen Darlin’ Corey
She was sitting by the banks of the sea
She had a forty-five strapped around her bosom
And a banjo on her knee.

And the last time I seen Darlin’ Corey
She had a dram glass in her hand
She was a drinkin’ down her troubles
With a no-good gamblin’ man.

Dig a hole, dig a hole in the meadow
Dig a hole in the cold, cold ground
Dig a hole, dig a hole in the meadow
Gonna lay Darlin’ Corey down.