Une autre version de cette chanson de Reverend Gary Davis, qui l’a enregistrée plusieurs fois, figure sur ce site.

Gary Davis était né en 1896 dans une pauvre famille de Caroline du sud. Devenu aveugle dans son jeune âge, il avait été confié aux soins de sa grand-mère quand son père a été tué, semble-t-il par le chef de la police locale. Très jeune, il avait appris à jouer de la guitare en autodidacte. Mais cette région du Piedmont était riche d’une forte tradition de musique, tant afro-américaine que blanche. Le jeune Gary Davis jouait tant du gospel et du blues que des chansons traditionnelles ou modernes. Ayant déménagé pour la Caroline du nord dans les années 20, il y rencontre d’autres artistes de ce bouillon de culture, et en particulier Blind Boy Fuller. Ils réalisent leurs premiers enregistrements en 1935. Il se convertit en 1937, et devient pour le reste de sa vie un prêcheur baptiste, d’où le nom de Reverend Gary Davis sous lequel il est connu depuis lors. Il renonce alors pratiquement au blues, se consacrant presque exclusivement au gospel, et substitue des accords de guitare aux paroles trop profanes de ses chansons. C’est un guitariste prodigieux, qui fait littéralement parler son instrument, avec lequel il imite à l’occasion le piano. Cette importance du jeu de guitare est une caractéristique des musiciens de la côte Est, comme Blind Blake, Brownie McGhee ou Josh White, dont le jeu est toutefois moins marqué par la puissance.

Reverend Gary Davis émigre à nouveau dans les années quarante, et s’installe à New-York, où il attendra longtemps sa redécouverte à la faveur de la Folk Revival. Dave Van Ronk l’a beaucoup écouté, et s’en est largement inspiré pour son propre jeu de guitare. Il a également influencé Jorma Kaukonen, qui interprète une partie de son répertoire – dont cette chanson – soit seul, soit avec son groupe Hot Tuna. Mais le jeu de Kaukonen est plus fluide et moins heurté, plus souple que celui de Gary Davis.

Cette chanson porte sur la mort, mais n’insiste pas sur les questions habituelles sur lesquelles s’attardent habituellement les musiciens d’inspiration religieuse. Si Gary Davis insiste dans son dernier couplet sur le fait qu’il faut « être prêts », il s’agit surtout pour lui d’évoquer l’hécatombe qui détruit l’entourage de chacun dans ce pays, avec une Mort qui n’a pas de pitié, qui rentre dans chaque maison, qui ne prend jamais de vacances. Elle entre dans la maison et n’y reste pas longtemps : regarde dans ton lit, quelqu’un est parti.


DEATH DON’T HAVE NO MERCY

Death don’t have no mercy in this land
Death don’t have no mercy in this land
He’ll come to your house, and he won’t stay long
You look at your bed and somebody be gone.
Death don’t have no mercy in this land

Death will go in any family in this land.
Death will go in any family in this land.
Well he come to your house, and he won’t stay long.
Well you look in the bed and woman and family will be gone.
Death will go in any family in this land.

Well, he never take a vacation, in this land
Well, death never take a vacation, in this land
Well he come to your house, and he won’t stay long.
You look in the bed and your mother will be gone.
Death never take a vacation, in this land

Well he’ll leave you standing and crying, in this land
Well death will leave you standing and crying, in this land
Well he come to your house, and he won’t stay long.
You look in the bed and the father he’ll be gone.
Death will leave you standing and crying, in this land

Oh death’s always in a hurry, in this land
Oh death’s always in a hurry, in this land
Well he come to your house, and he won’t stay long.
You look in the bed and your mother will be gone.
Death’s always in a hurry, in this land

He won’t give you time to get ready, in this land
He won’t give you time to get ready, in this land
Well he come to your house, and he won’t stay long.
You look at your bed and somebody be gone.
Death won’t give you time to get ready, in this land