Il s’en faut de beaucoup, dans la musique populaire américaine, que la revendication sociale et politique ou les luttes des classes ne s’expriment que dans l’idiome du folk ou dans celui du blues ; certaines musiques qui peuvent en être de plus ou moins loin dérivées les illustrent également. On connait ainsi, par exemple, la place des explosions modernes du jazz à partir des années 50 et 60 dans l’expression des révoltes noires, et l’effet en retour de celles-ci sur cette musique. Mais le R ‘n B qui est dérivé du blues des années 40 sur des formes esthétiques différentes, aussi a exprimé à l’occasion ces revendications et ces luttes. C’est typiquement le cas dans cette chanson de Joe Lee Carter, Please Mr. Foreman, datée de 1965, dans laquelle un ouvrier demande au patron de ralentir la chaine de montage sur laquelle il travaille. Joe Lee Carter avait lui-même été ouvrier aux usines Ford de Detroit, et sa chanson exprime les tensions qui aboutiront quelques années plus tard à l’émergence d’un important syndicalisme noir dans cette ville.

Ça ne me dérange pas de travailler, précise-t-il, mais ça me dérange de mourir. A travailler 12 heures par jour et 7 jours par semaine, je suis trop fatigué pour dormir.


PLEASE MR. FOREMAN

Please Mr. Foreman… Slow down your assembly line
Please Mr. Foreman… Slow down your assembly line
You know I don’t mind workin’
But I do mind dyin »

My wife is very sickly… You know she can’t help me by taken on a job
My wife is very sickly… You know she can’t help me by taken on a job
And we got five little children to feed
Lord why do you want to make my life so hard

Working 12 hours a day
Seven long days a week
I lay down and try to rest
But I’m too tired to sleep

Please Mr. Foreman… Why don’t you slow down your assembly line
Lord you can look at me and see I don’t mind workin’
Lord knows I do mind dyin »

Mr. Foreman Mr. Foreman why don’t you slow down your assembly line
Yes my wife is very sickly
Whoa I can’t feed my five little children when I come home
Yes every week I bring my paycheck home
Lord you know I catch a bus every day I do