C’est en 1944 que Josh White enregistre cette chanson sur un poème de Langston Hughes, mis en musique par Emerson Harper, Freedom’s Road, dans lequel s’exprime l’attitude de la gauche, et singulièrement de la gauche afro-américaine à propos de la guerre. Un thème déjà présent en 1941 dans le Uncle Sam Blues, que l’on trouve sur ce site : celui selon lequel l’enjeu de la participation des Noirs à l’effort de guerre est la destruction de Jim Crow, le système de discrimination et de ségrégation racial en vigueur dans les États du sud – et qui était très loin d’être sans effet dans les États du nord. Un autre est l’espoir immense que la bataille est sur le point d’être gagnée. Ce soldat noir est en marche sur la route de la liberté.

Langston Hughes est peut-être le plus important poète de la littérature afro-américaine, de son premier recueil en 1926 – il a alors 24 ans – à sa mort en 1967. Même s’il est aussi romancier, conteur, nouvelliste et dramaturge, c’est vraiment comme poète qu’il marque son temps. Il est l’un des principaux acteurs de ce qu’on a appelé la Renaissance de Harlem, qui marque l’émergence d’une littérature noire moderne dans les années 20-30. Sur le plan littéraire, il s’inscrit dans la filiation de Walt Whitman et est influencé par Carl Sandburg une poésie puissante et expressive, marquée d’un humanisme de combat. Mais le peuple dont il entend exprimer la sensibilité est le peuple noir des USA. Pour Hughes, à travers les années 20 marquées par l’écho de la révolution russe, cela ira de pair avec une sympathie marquée pour le communisme, et un long compagnonnage – même sans véritable engagement – avec le CPUSA, particulièrement actif lors du combat engagé pour les Scottsboro boys dans les années 30 (sur cette affaire voir sur ce site la chanson que lui a consacré Leadbelly), et dont il s’éloignera à l’époque de la chasse aux sorcières. S’il fallait rattacher Langston Hughes à un idiome musical, ce serait assurément le jazz. Pour autant, ce n’est pas un musicien de jazz qui a mis en musique le poème que l’on va entendre : cela n’aurait de toutes façons pas été de nature à en détourner Josh White, qui a fait quelques incursions dans le jazz classique, chantant par exemple dans l’orchestre de Sydney Bechet.

Cet enregistrement a été sponsorisé en 1944 par la CIO, la grande confédération syndicale de gauche, qui matérialisait ainsi son engagement en faveur de la victoire des alliés dans une guerre sur le point de s’achever. Après avoir insisté sur les mots d’ordre d’égalité raciale, Langston Hughes précise par la voix de Josh White : « Il y a des gens pour penser que la liberté n’est simplement pas juste : ce sont précisément les gens que je veux combattre ! » Et c’est pour conclure, puisque nous sommes en guerre : « Aucun fasciste ne pourra m’arrêter, aucun nazi ne pourra me retenir dans ma marche sur la route de la liberté. »


FREEDOM’S ROAD

That’s why I’m marching, yes, I’m marching,
Marching down freedom’s road.
Ain’t nobody gonna stop me, nobody gonna keep me,
From marching down freedom’s road.

Hand me my gun, let the bugle blow loud,
I’m on my way with my head a-proud,
One objective I’ve got in view,
Is to keep a hold of freedom for me and you

That’s why I’m marching, yes, I’m marching,
Marching down freedom’s road.
Ain’t nobody gonna stop me, nobody gonna keep me,
From marching down freedom’s road.

Ought to be plain as the nose on your face,
There’s room in this plan for every race,
Some folk think that freedom just ain’t right,
Those are the very people I want to fight.

That’s why I’m marching, yes, I’m marching,
Marching down freedom’s road.
Ain’t nobody gonna stop me, nobody gonna keep me,
From marching down freedom’s road.

Now, Hitler may rant, Hirohito may rave,
I’m going after freedom if it leads me to my grave.

That’s why I’m marching, yes, I’m marching,
I’m marching down freedom’s road.

United we stand, divided we fall,
Let’s make this land safe for one and all.
I’ve got a message, and you know it’s right,
Black and white together unite and fight.

That’s why I’m marching, yes, I’m marching,
Marching down freedom’s road.
Ain’t no fascists gonna stop me, no Nazis gonna keep me,
From marching down freedom’s road.