Le 15 septembre 1963 est la date d’un attentat terroriste terrible : des suprématistes blancs, Bobby Frank Cherry, Thomas Blanton, Herman Frank Cash, et Robert Chambliss, tous membres du Ku Klux Klan, ont posé une bombe à retardement sous l’escalier d’entrée de l’église baptiste noire de la 16e rue, à Birmingham, Alabama. Cette bombe – une boite de bâtons de dynamite – a explosé à 10h22. Il y eut de très nombreux blessés, et quatre très jeunes filles sont mortes dans cet attentat : Adie Mae Collins, Denise McNair, Cynthia Wesley et Carol Robertson. Cet acte fut un des points tournants de la lutte pour les droits civiques, et l’une des causes de l’adoption du Civil Rights Act qui mit un terme à la ségrégation légale en 1964.

Cette église constituait un symbole insupportable pour les tenants de l’ordre racial ; Martin Luther King Jr. et d’autres avaient pris l’habitude d’y organiser des réunions.

Le Gouverneur de l’Alabama, George Wallace, favorisait par ses outrances le climat de haine et de violence qui régnait dans cet Etat. On surnommait Birmingham Bombingham, à cause des nombreux attentats à la bombe qui y étaient commis par les suprématistes blancs. Quelques heures après l’attentat, de jeunes manifestants noirs étaient encore tués par la police.

Les pièces du dossier accusant les quatre hommes ont été transmis à Edgar Hoover, directeur du FBI, le 13 mai 1965. L’enquête a été clôturée en 1968, sans déboucher sur des poursuites. Des années plus tard, il a été découvert que les preuves accumulées par les agents du FBI n’avaient, sur ordre d’Edgar Hoover, pas été transmises au Parquet. L’Attorney Général de l’Alabama, Bill Baxley a rouvert le dossier en 1971, et Chamblis a été jugé et condamné à plusieurs peines d’emprisonnement à vie pour meurtre. Il est mort en prison le 29 octobre 1985, à l’âge de 81 ans, proclamant toujours son innocence. Blanton a aussi été condamné à la prison à vie, en 2001, pour conspiration et meurtre. Il purge sa peine. Cherry n’a été jugé qu’en 2002. Il s’amusait beaucoup à son procès, rigolant avec ses avocats et ses supporters. Cela ne l’a pas empêché, 37 ans après les faits, d’être condamné à la prison à vie par les tribunaux de l’Alabama. En prison, il prétendait être un « prisonnier politique ». Mais ce fut une peine de courte durée : il est mort en prison, en 2004.

Richard Fariña a écrit cette chanson peu de temps après les faits, et elle a été enregistrée par sa belle-sœur, Joan Baez. Il la chante ici à l’été 1965, s’accompagnant à la guitare plutôt qu’avec son habituel dulcimer, pour la revue Broadside. Une chanson forte, à la manière de Woody Guthrie ou du jeune Bob Dylan, mais chantée avec douceur, qui nomme les victimes et raconte les faits, en terminant chaque couplet par l’évocation des chants de l’église : « Et le chœur continuait à chanter la liberté. »


BIRMINGHAM SUNDAY

Come round by my side and I’ll sing you a song
I’ll sing it so softly, it’ll do no one wrong
On Birmingham Sunday the blood ran like wine
And the choirs kept singing of freedom

That cold autumn morning no eyes saw the sun
And Addie Mae Collins, her number was one
In an old Baptist church there was no need to run
And the choirs kept singing of freedom

The Clouds they were dark and the autumn wind blew
And Denise McNair brought the number to two
The falcon of death was a creature she knew
And the choirs kept singing of freedom

The church it was crowded, and no one could see
That Cynthia Wesley’s dark number was three
Her prayers and her feelings would shame you and me
And the choirs kept singing of freedom

When young Carol Robertson entered the door
And the number her killers had given was four
She asked for a blessing but asked for no more
And the choirs kept singing of freedom

On Birmingham Sunday a noise shook the ground
And people all over the earth turned around
For no one recalled a more cowardly sound
And the choirs kept singing of freedom

The men in the forest they once asked of me
How many black berries grew in the Blue Sea
And I asked them right back with a tear in my eye
How many dark ships in the forest?

The Sunday has come, the Sunday has gone
And I can’t do much more than to sing you a song
I’ll sing it so softly, it’ll do no one wrong
And the choirs keep singing of freedom