Hope Foye, qui chante ici en compagnie de Pete Seeger, a sans doute dû à la chasse aux sorcières de passer à côté d’une carrière qui aurait pu être considérable, si l’on s’en tient à son talent. Elle était surtout une chanteuse lyrique. Oh Freedom est donc en un sens un pas de côté du point de vue de son répertoire habituel ; mais c’est un pas de côté qui n’avait pour cette grande voix rien d’exceptionnel. En un sens, on pourrait la comparer, sur le plan musical à Paul Robeson, qui fut l’un de ses grands inspirateurs. Son engagement politique pour les droits civiques coulait de source.

Née en 1921, Hope Foye, une afro-américaine, avait adopté le patronyme de sa famille nourricière, une famille blanche pauvre, dans un quartier misérable de Middletown, Connecticut. Adolescente, son talent pour le chant lui permet d’obtenir une bourse d’études ; c’est l’un des éléments déterminants de sa vie. Un autre est sa rencontre peu de temps plus tard avec Paul Robeson, qui l’encourage de sa bienveillance et de son autorité d’artiste, l’impressionne, et deviendra son mentor et sa référence artistique, politique et morale. Elle sera plus tard également l’amie et la disciple d’un autre géant, également ami du précédent : W.E.B. Du Bois et de son épouse Shirley Graham.

Dans les années 40, on la voit à New-York sur la scène du Café Society, où l’on rencontre aussi des artistes comme Billie Holiday, Josh White, ou Ella Fitzgerald. Éprise de justice, elle n’hésite pas à chanter contre les lynchages ou les règles de ségrégations que l’on appelle Jim Crow. En septembre 1949, elle chante au grand concert en plein air, dont Paul Robeson est la vedette, organisé à Peekskill par l’association Peoples Aritsts, aux côtés de Pete Seeger. Si le concert se tient, malgré l’opposition des suprématistes blancs, grâce à la protection du service d’ordre des dockers new-yorkais, sa fin tourne à l’émeute. Cet événement traumatique est évoqué sur ce site dans la notice de la chanson Hold The Line, interprétée par Pete Seeger, et consacrée au service d’ordre de ce concert.

En 1951, par l’intermédiaire de People Artists, elle se rend en RDA pour un festival de musique. Nous sommes en pleine guerre froide, et à la grande époque du maccarthysme : à son retour, son passeport lui est retiré, et elle est convoquée devant une commission parlementaire d’enquête chargée d’organiser la chasse aux rouges, où elle comparait en 1952. Elle résiste à ses interrogateurs, refuse de donner des noms, et se réfugie derrière le 5e amendement lorsqu’on l’interroge sur ses affiliations et opinions politiques – à la suite de quoi elle est placée sur la liste noire, et ne peut plus trouver aucun emploi. Comme elle l’expliquera elle-même, elle se trouvait déjà, comme artiste lyrique noire, discriminée de fait. Pour lui permettre de poursuivre sa carrière, Shirley Graham et Albert Maltz – l’un des « dix de Hollywood », trouvent le moyen de la faire déménager au Mexique avec ses deux enfants. Elle y deviendra la première vedette noire de la télévision. Elle poursuit ensuite sa modeste carrière en Europe, sans jamais réussir vraiment à joindre les deux bouts. Elle ne pourra renter travailler aux États-Unis qu’en 1978. Son principal regret sera d’avoir manqué la grande lutte pour les droits civiques des années 60 avec Martin Luther King Jr.

Cet enregistrement, réalisé en duo avec Pete Seeger qui l’accompagne au banjo et chante avec elle le refrain témoigne du fait que les droits civiques étaient néanmoins, dès les années 40, l’une de ses grandes préoccupations. Il s’agit d’un gospel directement politique en tant qu’appel à la liberté et refus de l’esclavage, qui refuse la plainte inutile comme elle refuse le Jim Crow, appelle à crier et à chanter, et qui ajoute un couplet appelant à voter pour le candidat communiste afro-américain Benjamin Davis – comme la chanson Ben Davis de Pete Seeger que l’on trouve également sur ce site. Est-ce pour adapter sa voix au style de la chanson ? Hope Foye sort en tous cas de sa tessiture de soprano pour les besoins de ce Oh Freedom, qu’elle interprète dans les graves.


OH FREEDOM

Oh Freedom! Oh Freedom!
Oh Freedom, over me, over me
And before I’ll be a slave
I’ll be buried in my grave
And go home to my Lord and be free

No more mourning! No more mourning!
No more mourning, over me, over me
And before I’ll be a slave
I’ll be buried in my grave
And go home to my Lord and be free

No more Jim Crow! No more Jim Crow!
No more Jim Crow, over me, over me
And before I’ll be a slave
I’ll be buried in my grave
And go home to my Lord and be free

There ‘ll be shouting, there ‘ll be shouting
There ‘ll be shouting over me, over me
Cause before I’ll be a slave
I’ll be buried in my grave
And go home to my Lord and be free

Well, there ‘ll be singing, there ‘ll be singing
There ‘ll be singing over me, over me
And before I’ll be a slave
I’ll be buried in my grave
And go home to my Lord and be free

I want Davis, I want Davis
I want Davis leading me, leading me
And before I’ll be a slave
I’ll be buried in my grave
So I go to the polls and vote Row C

Oh Freedom! Oh Freedom!
Oh Freedom, over me, over me
And before I’ll be a slave
I’ll be buried in my grave
And go home to my Lord and be free