James Stevens était un écrivain autodidacte, qui a vécu parmi les forestiers et les bûcherons, et a effectué des recherches savantes sur ce secteur d’activité, il a aussi écrit une chanson, que Odetta a enregistrée la même année que Cisco Houston, en 1954. C’est The Frozen Logger, le bûcheron gelé, dont on trouve ici la version de Cisco Houston. Les Weavers l’ont également enregistrée, ainsi que de nombreux autres.

C’est une chanson tout à fait dans l’esprit de chansons traditionnelles, avec un mélange de tragédie et d’humour pour parler de gens simples en s’en moquant un peu et en les aimant beaucoup. L’homme qui chante se trouve un soir dans un café, et la serveuse – une femme d’une quarantaine d’années – l’aborde et lui explique qu’elle a reconnu en lui un bûcheron. Et l’indice est le suivant : si elle sait qu’il n’est pas juste le premier clodo venu, c’est que personne d’autre qu’un bûcheron n’utilise son pouce pour remuer son café ! Et la voilà qui parle de son amour perdu. Il n’y a plus aujourd’hui un bûcheron comme le sien. Si on l’avait arrosée de whisky, il aurait mangé une botte de foin. En la serrant dans ses bras, il lui avait cassé trois vertèbres, et quand ils se sont séparés, son baiser lui a brisé la mâchoire. Elle ne pouvait plus parler : elle ne pouvait en particulier pas lui dire qu’il oubliait son manteau. Il faisait 48 degrés en dessous de zéro. Le mauvais temps tentait de le geler, mais quand la température a atteint cent degrés en dessous de zéro, il a boutonné sa veste. Il gelait jusqu’en Chine, jusqu’aux étoiles, et à mille degré en dessous de zéro, son amour a gelé à son tour. Et c’est ainsi qu’elle l’a perdu. Et c’est pourquoi elle est dans ce café, à attendre de trouver quelqu’un qui remue son café avec le pouce…


THE FROZEN LOGGER

As I sat down one evening,
Was in a small café
A forty year old waitress
To me these words did say

I see you that you are a logger
And not just a common bum
‘Cause nobody but a logger
Stirs his coffee with his thumb

My lover he was a logger,
There’s none like him today
Well if you’d pour whiskey on it
Well he’d eat a bale of hay

He never used a razor
To shave his horny hide
He’d just drive them in with a hammer
Then he’d bite them off inside

My lover he came to see me
Was on a freezing day
He held me in a fond embrace
That broke three vertebraes

Well he kissed me when we parted
So hard that he broke my jaw
And I could not speak to tell him
He forgot his mackinaw

I saw my lover leaving
Sauntering through the snow
Well going grimly homeward
At forty eight below

Well the weather tried to freeze him
It tried its level best
At a hundred degrees below zero
Why, he buttoned up his vest

It froze clean through to China
And it froze to the stars above
And at a thousand degrees below zero
It froze my logger love

And so I lost my lover
And to this café I come
And here I wait till someone
Stirs his coffee with his thumb