Le Gambling Bar Room Blues de Jimmie Rodgers est écrit sur la musique, très classique de St James Infirmary Blues, dont beaucoup de versions se terminent par les mots « I got them gambler’s blues », que l’on trouve sur ce site dans l’interprétation de Josh White. Mais au delà de cette ressemblance musicale, les deux chansons n’ont proprement rien à voir, bien qu’il semble que l’éditeur de Jimmie Rodgers n’ait pas voulu prendre le risque de le créditer comme auteur, mais simplement comme arrangeur de la chanson.

Seul point commun entre les deux, elles racontent une histoire. Mais celle-ci, s’il lui manque la mise en scène narrative de l’autre, est plus structurée : presque un scénario de film noir. Un homme commet un meurtre, apparemment par jalousie, en tous cas au cours d’une dispute avec un ami qu’il avait vu parler avec sa fiancée après quoi il s’était saoulé. Il dit alors à la femme qu’il doit la quitter, mais tombe sur la police par inadvertance. Par chance pour lui, le policier boit tout autant que lui, mais il ne le lâche pas. Il ne sait pas comment se débarrasser de ce flic aux pieds plats. Et puis la femme arrive, et la pluie commence à tomber. Et il y a urgence à attraper le train de minuit. Auparavant, il faut trouver un peu d’argent : il met au clou tout à la fois sa montre, sa chaîne en or, et la bague en diamant de sa fiancée. La police est aussi saoule que lui, et il prendra ce train vers l’océan. Le ton plaintif de la mélodie cadre parfaitement avec cette histoire sombre, racontée avec une précision à la fois réaliste et détachée, et un souci quasi cinématographique de l’ambiance générale, dont témoigne le vers où il évoque la pluie.

Exceptionnellement pour un enregistrement de Jimmie Rodgers, il n’introduit pas de véritable yodel dans sa chanson, tout au plus, en annonçant le titre, puis après les deux premiers couplets, lance-t-il un genre de plainte inarticulée, mais assez éloignée des modulations habituelles de sa signature vocale. Il s’agit de l’un de ses derniers enregistrements, au cours de l’année qui précède sa mort, et alors que la fatigue due à la tuberculose l’empêchait de réaliser de trop longues sessions en studio.

GAMBLING BAR ROOM BLUES

Ho-ho-hay-hay… The Gambling Bar Room Blues

I went down to the corner, just to meet my gal
I found her standing on the sidewalk, talking to my pal
I strolled back to the bar room, to get another drink of gin
But the first think I knew I was reeling, rocking and drunk again

I kept dinking gin and liquor, ’til way up in the night
When my pal walked into the bar room, we had an awful fight
I reached down for my razor, and thenn we knocked around
But when I pulled my pistol, I quickly smoked him down

Hay-hee-hay-ho-ho-ooh-ooh —– ooo-ooo-ooo-oooooooh-ooh-oh-ho-hay-ho

I went down to see my baby, and met her on the way
I told her I’d have to leave her. Il told her I could not stay
I started down to the station, and stopped in at the bar
There I met a policeman, riding in a motor car

We both drank lots of liquor, that flat footed cop and I
I thought he would never leave me, Lord I thought I’d die
My baby came to join us, and then it began to rain
Then I had to hurry, hurry, to catch that midnight train

Il laid my head in the bar room door. I’ll never get drunk anymore
I pawned my watch and my golden chain, I pawned my baby’s diamond ring
Police, police, police, you’re just as drunk as me
I’ll grab that old eight-wheeler, and make for the deep blue sea-ee