C’est une chanson étrange et terrible que Mario’s Duck. Malvina Reynolds y raconte une histoire simple, et presque poétique : l’histoire de l’amitié d’un enfant, Mario, et de son canard. C’est une histoire que lui avait racontée un ami chilien. Il n’était pas rare, en 1976, que des progressistes américains aient des amis chiliens. On pourrait dire que la chanson n’est pas politique, bien qu’elle le soit pourtant, comme le sont pratiquement toutes les chansons de Malvina Reynolds. Pouvait-elle éviter d’évoquer le drame que vivait le Chili en ce temps ? Non, sans doute, bien que l’histoire se déroule longtemps avant l’époque de l’Unité Populaire. Sobrement, et sans y insister puisque ce n’est qu’une parenthèse dans son récit, elle explique juste, parce que c’est un élément essentiel de l’histoire de Mario et de son canard, qu’à l’époque les Chiliens étaient pauvres : comme ils le sont à présent, précise-t-elle. Allende a tenté de changer les choses, mais la junte de la CIA l’a abattu. Fin de parenthèse.

L’histoire, qui se passe donc au Chili, est celle d’un petit garçon, Mario, qui avait trouvé un canard et l’avait adopté au grand désespoir de sa mère, très pauvre, élevant seule ses sept enfants dans un bidonville misérable, où il ne serait pas pensable de nourrir un chien ou un chat. Certes, un canard ne mange que des épluchures, mais les épluchures, c’est déjà le gros du menu de la famille. Mario promet qu’il trouvera lui-même de quoi nourrir son nouvel ami, et tout le monde sourit de voir ce petit enfant que son canard ne lâche pas d’une semelle. Mais comme si l’on avait pas assez de problèmes comme ça, voilà que la grande sœur de Mario, la belle Alicia, tombe enceinte. Heureusement, la mère est là, qui prend en charge l’organisation d’une noce, bricole une robe de mariée, organise une nouvelle chambre dans la petite cabane, et… et l’on devine la suite : il y aura un repas de noce, et sur la table trônera, dûment rôti, le canard de Mario. Quel étrange mariage ! Pendant que les autres rient et chantent, Mario se réfugie dans un arbre, lançant des pierres à la compagnie.


MARIO’S DUCK

Mario had a little pet duck,
They couldn’t afford a dog or a cat,
But a duck needs only scraps to eat,
Though scraps were the family’s principal meat.
Mario’s father was God knows where.
After a drunk he would stagger in,
Out of work and in despair,
To brood and curse and be gone again.

Mother washed fine clothes every day
For the rich people, for little pay,
Seven kids she raised alone,
And Mario was the youngest one.
This was in Chile some years ago
When people were poor as they are now.
Allende tried to change things around
But the CIA’s Junta shot him down.

The story that I am telling you
Happened in Chile a while ago,
Mario walking a dusty road
Looking for rags or a scrap of food.
But there as he walked along his way
Somebody’s duck that had gone astray
Followed him down around the bend
And took the boy for his brother and friend.

The farmer laughed and let him go,
But Mario’s mother said, « Oh, no!
We can’t afford pets in the barrio. »
« I’ll find him his food, » said Mario.
Everyone smiled at the funny two,
The little duck went where the boy would go,
They played all day by the cabin door
And slept on the pallet on the floor.

As if there weren’t troubles to spare,
Alicia gets pregnant, Alicia the Fair,
And how can they marry with no place to go?
There are no more rooms in the barrio.
But mama manages everything,
A wedding dress and a wedding ring.
Two satin sheets that got lost somehow
In the washing, become the wedding gown.

The wedding ring is a silver band
That once graced Mamacita’s hand,
And a room is made out of boards and tin
Built onto the hut that they all lived in.
The wedding bouquet was Mario’s find,
Field flowers of every kind,
Pretty and bright and arranged with taste
To hide Alicia’s swelling waist.

And what did they have for the wedding feast,
For the bride and the guests and the village priest?
It was Mario’s duck, with the feathers gone,
Crowning the table, roasted brown!
What a strange wedding they had that day,
Laughing and singing and all so gay,
And Mario, crying, up in the tree
Throwing rocks at the company