À la fin de la première décennie du XXe siècle, Theodore Dreiser décrivait Elizabeth Gurley Flynn comme la « Jeanne d’Arc de la côte Est ». Elle était alors l’une des plus fameuses animatrices de la grande organisation américaine du syndicalisme révolutionnaire, les IWW. Née en 1890, et très tôt introduite aux idées du socialisme et du féminisme, elle avait à l’âge de 16 ans donné son premier discours public sur le thème : « Ce que fera le socialisme pour les femmes ». Elle n’a pas 18 ans quand elle épouse un dirigeant des IWW, et est déjà permanente de l’organisation. Elle anime alors diverses campagnes de luttes parmi les salariés de divers métiers dans plusieurs États de l’Est. Vers 1914, elle rencontre le grand animateur et chantre des Wobblies et de leurs combats Joe Hill qui devient l’un de ses amis proches, et entretient avec lui une correspondance. À la veille de son exécution, il lui écrira : « Tu as été pour moi une inspiration, et quand j’ai écrit The Rebel Girl, tu étais là et tu m’aidais en permanence. Puisque tu en as fourni l’idée, je souhaite, maintenant que je suis parti, t’attribuer cette chanson, et être sûr que tu dénicheras d’autres filles rebelles comme toi, parce qu’on en a besoin, et même extrêmement besoin. » La participation des femmes au combat de classe était un point important pour les IWW et pour Joe Hill en particulier. Et si c’est Elizabeth Gurley Flynn qui en est l’inspiratrice, c’est plus généralement aux femmes du syndicat que cette chanson est dédiée.

Elizabeth Gurley Flynn continuera inlassablement son combat, tant sur le terrain syndical que sur celui des libertés publiques (elle sera l’une des fondatrices, en 1920, de l’ACLU, la plus grande organisation de défense des libertés aux USA), ou sur celui des droits des femmes, que ce soit à travers des campagnes pour le droit au contrôle des naissances ou pour le droit de vote des femmes. On la trouve en première ligne dans la défense de Sacco et Vanzetti, puis elle déménage en Oregon. Là encore, elle milite activement, en particulier pour les causes féministes, mais aussi dans le syndicalisme. En 1934, elle participe avec Harry Bridges à la grande lutte des dockers de la côte Ouest (voir à ce sujet sur ce site la chanson des Almanac Singers Song For Bridges), et adhère en 1936 au parti communiste des USA (CPUSA), dont elle devient l’une des dirigeantes en 1940. Elle écrit dans le Daily Worker, l’organe de son parti, des articles sur les droits des femmes. Souvent arrêtée au cours de sa vie militante, ce qui lui avait donné l’occasion de dénoncer la violence, et en particulier la violence à l’égard des femmes dans les commissariats, elle est condamnée pour la première fois à deux ans de prison en 1952, dans le cadre de la chasse aux sorcières, à l’occasion d’un coup de filet du FBI parmi les dirigeant-e-s du CPUSA. Elle devient présidente de son parti en 1961 (un poste largement honorifique), et meurt en 1964 lors d’un voyage en Union Soviétique. Si des obsèques solennelles lui sont faites sur la Place Rouge, en présence d’une foule de 25.000 personnes, ses restes sont, conformément à sa volonté, ramenés aux États-Unis, et c’est à Chicago, aux côtés d’Eugene Dennis, de Bill Haywood, et des martyrs du massacre de Haymarket, que repose la fille rebelle chantée par Joe Hill. Dans son livre Femmes Race et Classe, Angela Davis consacre plusieurs pages à Elizabeth Gurley Flynn, insistant sur sa compréhension du rôle des femmes noires dans les combats émancipateurs, et sa proximité avec des leaders communistes afro-américains comme Benjamin Davis ou Claudia Jones.

On trouve sur ce site une version de Rebel Girl par Mats Paulson, conforme au texte de Joe Hill. Dans cet enregistrement de 1990, Hazel Dickens en donne une version dont les modifications, qui tout en étant fidèles à l’inspiration du texte original, en modernisent le propos et l’adaptent aux évolutions de l’approche de la question féministe, sont de sa plume. Plus question de dire aujourd’hui que la fille rebelle donne courage, fierté et joie à son équivalent masculin. On dira plutôt, et plus justement, qu’elle est fidèle à sa classe. Et c’est cette fois une femme qui chante la Fille rebelle !

Née dans une famille de pauvres mineurs du Kentucky en 1935, elle même ouvrière, Hazel Dickens a fait très tôt l’expérience de la dure vie de la classe ouvrière, comme du sexisme, et cela a déterminé ses propres engagements. Passionnée de musique populaire, elle joue de la contrebasse et de la guitare avec divers artistes de la scène folk naissante, en particulier Mike Seeger, et formera un duo dans les années 60 et 70 avec Alice Gerrard, dans la lignée de la musique bluegrass, mais avec un répertoire de chansons souvent engagées.


THE REBEL GIRL

There are women of many descriptions
In this queer world, as everyone knows.
Some are living in beautiful mansions,
And are wearing the finest of clothes.
There’s the blue blooded queen or the princesse,
Who have charms made of diamonds and pearl;
But the only and thoroughbred lady
Is the Rebel Girl.

Chorus:

She’s a Rebel Girl, a Rebel Girl
She’s a working fight the strength of this world
From Maine to Georgia and the sea
Her fighting for you and for me
Yes she’s there by your side
With a couraging pride
She’s an equal anywhere
And I’m proud to fight for freedom
With a Rebel Girl

Though her hands may be hardened from labor,
And her dress may not be very fine;
But a heart in her bosom is beating
That is true to her class and her kind.
And the forces know that they can’t change her
She dies to defend workers’ world
And the only and thoroughbred lady
Is a Rebel Girl

(Chorus)

Yes I’m proud to fight for freedom
With a Rebel Girl