Pour avoir été l’un des premiers virtuoses de la guitare parmi les artistes du blues, Blind Blake n’en a pour autant guère été dépassé. Son jeu, où l’on reconnaît volontiers des accents de ragtime, demeure l’un des plus brillants de toute l’histoire enregistrée de cette musique. Il est assez représentatif du style de blues de la côte Est, celui qui a vu s’épanouir des artistes comme Blind Boy Fuller, Brownie McGhee, Reverend Gary Davis ou Josh White. Mais Blind Blake a un je-ne-sais-quoi qui le distingue de tous les autres, en dehors même de son jeu de guitare, qu’il exprime dans de longs solos – chose rare dans les enregistrements de blues des années 20-30.

Quoi qu’il en soit, Georgia Bound est un blues tout ce qu’il y a de classique dans sa forme : chaque couplet est composé de deux vers, dont le premier est répété une fois, sans même une variante comme il arrive souvent. C’est une histoire de départ, de voyage et de nostalgie de la Géorgie, où l’attend sa bien-aimée.

Longtemps, les seules choses que l’on ait sues de Blind Blake étaient son véritable nom et son lieu de naissance : d’après Blind Willie McTell, il s’appelait Arthur Phelps, et d’après Paramount, son producteur, il était né à Jacksonville, en Floride. On n’en sait guère plus depuis, mais on sait au moins une chose: c’est que ces deux informations étaient fausses. On a toutefois pu, grâce à la ténacité du chercheur Alex van der Tuuk, apprendre quelques petites choses par des documents publiés en 2011. Il semble bien qu’il soit né en 1896 à Newport News, en Virginie, et que son patronyme ait simplement été Blake. L’un de ses morceaux s’intitulant « La déprime de l’aveugle Arthur », on peut penser qu’il s’appelait donc bien Arthur, comme l’avait affirmé Blind Willie McTell, mais Arthur Blake. On dit aussi, sans avoir de véritable information fiable à ce sujet, qu’il était aveugle de naissance. Certains spécialistes ont cru reconnaître dans certaines de ses chansons des traces du parler créole typique des îles de l’Atlantique. D’après ses chansons, on peut également penser qu’il a eu des connexions avec Jacksonville, où il se rendait souvent, et avec Atlanta, en Géorgie, où il aurait eu de la famille. Il a aussi manifestement séjourné à Chicago, où il a enregistré certains de ses disques, et probablement à Richmond dans l’Indiana où la chanson qui suit a été enregistrée pour Paramount, le 17 août 1929. Quoi qu’il en soit, on ne sait rigoureusement rien des trente premières années de sa vie, c’est à dire jusqu’à ses premiers enregistrements, en 1926, où il apparaît déjà comme un musicien accompli. Où, quand, auprès de qui a-t-il mis au point son jeu de guitare, voilà qui ne fait même pas l’objet de conjectures. On ne sait pas grand chose non plus de sa vie après ses derniers enregistrements en 1932. On le disait, sur la foi de ce qu’en disait Reverend Gary Davis, mort brutalement dans un accident de la circulation en 1934, Les recherches de van der Tuuk semblent montrer qu’il serait bien mort le 1er décembre 1934, mais d’une maladie pulmonaire, sans doute la tuberculose, à Milwaukee dans le Wisconsin. Il laisse un patrimoine d’environ 150 titres, soit seul, soit comme accompagnateur en particulier de diverses chanteuses de blues.


GEORGIA BOUND

Packing up my duffle, going to leave this town
Packing up my duffle, going to leave this town
And I’m going to hustle to catch that train southbound

I got the Georgia blues for the plow and hoe
I got the Georgia blues for the plow and hoe
Walked out of my shoes over this ice and snow

Tune up the fiddle, dust the cat and bow
Tune up the fiddle, dust the cat and bow
Put on the griddle and open the cabin door

I thought I was going to the northland to stay
I thought I was going to the northland to stay
South is on my mind, my blues won’t go away

Potatoes in the ashes, possum on the stove
Potatoes in the ashes, possum on the stove
You can have the hash but please leave me the claw

Chicken on the roof babe and watermelons on the vine
Chicken on the roof, babe, watermelons on the vine
I’ll be glad to get back to that Georgia gal of mine