Un dimanche matin, le pasteur est parti à la chasse. C’est ainsi que commence l’histoire. Il se peut que ce qui s’en suit soit le résultat de ce que le pasteur n’avait pas respecté le jour du Seigneur, il se peut que ce ne soit pas le cas. Mais cette partie de chasse ne rapportera pas grand chose à mettre sur la table. Quand le pasteur voit une oie sauvage – un gros jars gris, il tire, mais notre jars met six semaines à tomber. Il le rapporte à la maison pour que ma femme et votre femme s’occupent de le plumer, mais il faut six semaines pour le plumer. Il faut ensuite six semaines pour le faire bouillir, mais ça ne suffit pas : le couteau ne le coupe pas et la fourchette ne le pique pas, et on le donne à manger au cochon. Mais il est trop dur : le cochon n’arrive pas à le manger, et le jars lui casse les dents. On le met à la scierie pour le découper, mais il casse les dents de la scie. Et la chanson continue : « La dernière fois que je l’ai vu, il volait au dessus des océans, avec toute une file d’oisons qui font tous kwak-kwak ». En bref, notre pasteur n’est jamais venu à bout de l’oie grise, et qui sait si ce n’est pas parce qu’il a voulu aller chasser un dimanche ?

Dans son roman Jardins de la dissidence (Dissent Gardens), Jonathan Lethem considère que cette chanson doit s’interpréter comme un symbole de « l’irrévocable destinée de la classe ouvrière ». Il importe peu de savoir si ceux qui ont transmis à travers les décennies cette chanson populaire en avaient ainsi une interprétation politique mais il est assez réjouissant en effet de voir cette oie sauvage, après avoir été abattue, se sortir de toutes ses difficultés, pour finir par gagner sa liberté.

Alan Lomax avait fait enregistrer cette chanson par Leadbelly dans les années 30, et celui-ci en a donné plusieurs interprétations ultérieures, dont celle-ci, qui date des années 40, et où il est, comme sur d’autres enregistrements que l’on trouve sur ce site, accompagné par le Golden Gate Quartet. Un Golden Gate Quartet encore débutant, mais va bientôt s’orienter dans une toute autre direction.


THE GREY GOOSE

It was one sunday mornin’, lawd lawd lawd
The preacher wen’ a huntin’, lawd lawd lawd

He carried long a shotgun, lawd lawd lawd
Well along come a grey goose, lawd lawd lawd

The gun went off ‘bloom’, lawd lawd lawd
And down come the grey goose, lawd lawd lawd

He was six weeks a fallin’, lawd lawd lawd
He was six weeks a haulin’, lawd lawd lawd

Then my wife an’ your wife, lawd lawd lawd
They give a feather pickin’, lawd lawd lawd

He was six weeks a pickin’, lawd lawd lawd
An’ they put him on a parboil, lawd lawd lawd

He was six weeks a boilin’, lawd lawd lawd
An’ they put him on de table, lawd lawd lawd

And the knife wouldn’t cut him, lawd lawd lawd
Oh the knife wouldn’t cut him, lawd lawd lawd

Oh the fork wouldn’t stick him, lawd lawd lawd
Oh the fork wouldn’t stick him, lawd lawd lawd

And they throwed them in a hog pen, lawd lawd lawd
And the hogs couldn’t eat him, lawd lawd lawd

Oh he broke the hog’s teeth out, lawd lawd lawd
And he broke the hog’s teeth out, lawd lawd lawd

Oh they take him to the saw mill, lawd lawd lawd
And the saws couldn’t cut him, lawd lawd lawd

Oh he broke the saw’s teeth out, lawd lawd lawd
Oh he broke the saw’s teeth out, lawd lawd lawd

An’ the last time i seen him, lawd lawd lawd
Oh the last time i seen him, lawd lawd lawd

He was flyin cross the ocean, lawd lawd lawd
He was flyin cross the ocean, lawd lawd lawd

With a long stream o’ goslins, lawd lawd lawd
With a long stream o’ goslins, lawd lawd lawd

And they’re all goin « quack quack », lawd lawd lawd
And they’re all goin « quack quack », lawd lawd lawd

It was the tale of the grey goose, lawd lawd lawd
It was the tale of the grey goose, lawd lawd lawd

An’ the last time i seen him, lawd lawd lawd
Oh the last time i seen him, lawd lawd lawd

He was flyin cross the ocean, lawd lawd lawd
He was flyin cross the ocean, lawd lawd lawd

With a long stream o’ goslins, lawd lawd lawd
With a long stream o’ goslins, lawd lawd lawd

And they’re all goin « quack quack », lawd lawd lawd
And they’re all goin « quack quack », lawd lawd lawd

It was the tale of the grey goose, lawd lawd lawd
It was the tale of the grey goose, lawd lawd lawd