Oublié, bien que la nouvelle vague d’amateurs de vieux blues ait commencé à découvrir ses enregistrements des années 20 et 30, et qu’il ait même effectué quelques nouveaux enregistrements pour les disques Folkways en 1956, Gus Canon avait mis au clou son banjo pour payer sa facture de chauffage : il était à la dernière extrémité lorsque Erik Darling (qui devait ultérieurement remplacer autant que faire se peut Pete Seeger au sein des Weavers), avec son groupe The Rooftop Singers, a enregistré Walk Right In en 1963, et qu’elle est vite devenue un grand succès commercial. Les droits afférents à cette chanson ont permis à son auteur, qui l’avait enregistrée en 1929, de terminer sa vie dans un certain confort. Samuel Charters l’avait rééditée en 1959 dans un disque d’anthologie sur le blues rural, et c’est là qu’Erik Darling l’avait découverte. C’est la version originale de 1929, par les Gus Cannon’ Jug Stompers, qui est ici proposée.

Il ne faut pas toujours croire ce que disent les pierres tombales. Celle de Gus Cannon indique qu’il serait né en 1874. Décédé en 1979, il aurait eu 105 ans. Mais d’autres sources, sans doute plus fiables, le font naître en 1883. Quoi qu’il en soit, il n’était pas un jeune homme en début de carrière lorsqu’il a effectué ses premiers enregistrements en 1928, avec l’harmoniciste Noah Lewis et les autres membres de son jug band. Du point de vue commercial, il s’agissait pour les compagnies de disques d’exploiter le filon ouvert par le succès des premiers enregistrements du Memphis Jug band de Will Shade et Charlie Burse. Gus Cannon appartenait à la même tradition de petites formations jouant des airs souvent entraînants et gais sur des instruments de fortune : kazoo (genre de mirliton), jug (bidon de terre dont on tire un son grave en soufflant dans son embouchure), planche à laver (que l’on frappe avec des doigts garnis de dés à coudre), etc. Lui-même avait dans sa jeunesse fabriqué son premier banjo en tendant une peau de raton-laveur sur une vieille poêle à frire. Par son âge d’homme venu à la musique à l’orée du XXe siècle, il représentait certainement l’une des formes les plus archaïques de la musique afro-américaine moderne, et opérait dans ce microcosme fabuleux de Memphis, Tennessee, ville portuaire du fleuve Mississippi, au carrefour de plusieurs traditions du blues et du jazz, et dont sont issus de nombreux artistes de ces deux idiomes.

Quant au sens de cette chanson, que selon certaines sources il aurait écrite en collaboration avec Harry Woods, un auteur de chansons à succès de Tin Pan Alley ayant par exemple écrit des chansons pour Al Jolson, il ne faut pas chercher midi à quatorze heures. C’est juste prétexte à musique. Entre et assieds-toi et laisse toi aller ! Chéri, tu es resté trop longtemps, et ils se demandent pourquoi… Et d’évoquer une nouvelle façon de marcher, quelque chose à la mode et qui rend fou.


WALK RIGHT IN

Walk right in, set right down
And baby let your mind roll on

Hey, walk right in, they don’t know why
Cuz’ Daddy, you been stayin’ too long

Now, everybody’s talkin’ ‘bout a new way o’ walkin’
Do you want to lose your mind?

Hey, walk right in, set right down,
And Daddy, let your mind roll on.

Hey, walk right in, set right down
And baby let your mind roll on

Hey, walk right in, stay a little while
But Daddy, you been stayin’ too long.

Now, everybody’s talkin’ ‘bout a new way o’ walkin’
Do you want to lose your mind?

Hey, walk right in, set right down,
And Daddy, let your mind roll on.

Hey, walk right in, set right down,
And baby let your mind roll on

Hey walk right in, stay a little while,
Cuz Daddy, you been away too long

Now, everybody’s talkin’ ‘bout a new way o’ walkin’
Do you want to lose your mind?

Hey, walk right in, set right down,
And Daddy, let your mind roll on