Cette chanson figurait dans le troisième album de Leonard Cohen, paru en 1971, Songs Of Love And Hate, chansons d’amour et de haine. Il l’interprète ici en public, à l’occasion d’un de ses retours sur scène, en 2014, en adoptant un rythme légèrement différent de celui de sa version originale.

Famous Blue Raincoat est une chanson importante dans l’itinéraire de Cohen, et il n’est pas étonnant qu’il continue à la chanter au soir de sa vie. C’est un texte très personnel, au point d’être écrit comme une lettre à un ami, comme le dernier vers l’explicite par la formule traditionnelle, Sincerely L. Cohen, Sincèrement, L. Cohen. Il est difficile de dire s’il s’agit d’un pardon ou d’un règlement de comptes. L’homme à qui il écrit semble avoir été le partenaire d’une infidélité amoureuse, voire d’une histoire d’amour à trois qui aurait, comme cela peut arriver, échoué. Cohen s’inquiète de ce qu’est devenu son ami, qui s’est isolé du monde, et espère qu’il tient un journal. Il évoque Jane, la femme qui était au cœur de cette relation. Elle se réveille et lui passe le bonjour. Et désormais, elle est libre. Et ne sachant quoi dire, il appelle son correspondant « mon frère, mon assassin ».

La chanson doit son titre à un vers étrange dont le détail ne peut avoir de signification que pour les parties prenantes de cette histoire : « Ton fameux imperméable bleu était déchiré à l’épaule ». Cohen a plus tard affirmé que cet imperméable déchiré était le sien, en un temps où il prêtait peu d’attention à sa manière de s’habiller, mais que l’une de ses amies refusait qu’il le porte, et qu’il avait ensuite été réparé, puis finalement volé dans l’appartement de Marianne, qui fut sa compagne au cours des années 60. L’histoire évoquée est donc relativement ancienne en 1971, et l’est plus encore en 2014.

La chanson, comme c’est sa vocation, dépasse l’anecdote pour ne garder que la poésie qui l’anime. Mais le fait que ce « fameux imperméable bleu » soit celui de Cohen, et non comme une lecture simple de la chanson l’aurait laissé penser celui de son ami, montre que lorsqu’il dit « tu », il s’adresse tant à cet ami qu’à lui-même, comme si l’autre était à certains égards son double, comme si cette histoire d’un amour partagé pour une même femme en venait à les confondre l’un avec l’autre. On ne sait plus qui est qui. Qui est parti, qui est resté, qui est l’homme qui pardonne ou qui ne pardonne pas…

Dans cette interprétation, Cohen modifie quelques mots de son texte. C’est toutefois le texte original qui est reproduit.


FAMOUS BLUE RAINCOAT

It’s four in the morning, the end of December
I’m writing you now just to see if you’re better
New York is cold, but I like where I’m living
There’s music on Clinton Street all through the evening.

I hear that you’re building your little house deep in the desert
You’re living for nothing now, I hope you’re keeping some kind of record.

Yes, and Jane came by with a lock of your hair
She said that you gave it to her
That night that you planned to go clear
Did you ever go clear?

Ah, the last time we saw you you looked so much older
Your famous blue raincoat was torn at the shoulder
You’d been to the station to meet every train
And you came home without Lili Marlene

And you treated my woman to a flake of your life
And when she came back she was nobody’s wife.

Well I see you there with the rose in your teeth
One more thin gypsy thief
Well I see Jane’s awake
She sends her regards.

And what can I tell you my brother, my killer
What can I possibly say?
I guess that I miss you, I guess I forgive you
I’m glad you stood in my way.

If you ever come by here, for Jane or for me
Your enemy is sleeping, and his woman is free.

Yes, and thanks, for the trouble you took from her eyes
I thought it was there for good so I never tried.

And Jane came by with a lock of your hair
She said that you gave it to her
That night that you planned to go clear

Sincerely, L. Cohen