Bobby Darin écrivait des chansons, et parfois même des chansons à succès, plus dans un genre mainstream que relevant à proprement parler de la musique folk. Non qu’il s’en soit véritablement tenu à l’écart : ce n’était juste pas son idiome naturel. Il avait par exemple donné une version anglaise de La Mer de Charles Trénet, ou de Mack The Knife tiré de l’Opéra de quat’ sous de Bertolt Brecht et Kurt Weill. Mais il se tourne à partir de 1962 vers les rivages de la musique Country. Dans les années 60, cela dit, ce n’est pas la chanson qui absorbait son temps, mais la politique. Il n’était pas un radical, comme la plupart des jeunes artistes de Greenwich Village, mais un démocrate, entrée dans l’équipe de Robert Kennedy. Il continue néanmoins une carrière dans la chanson, se rapprochant de plus en plus de la folk revival. C’est ainsi qu’en 1966, il obtient un grand succès par son interprétation de la chanson de Tim Hardin If I Were A Carpenter (que l’on trouve sur ce site dans l’interprétation donnée par l’auteur en 1969 à Woodstock). La nuit du 4 au 5 juin 1968, il est avec Robert Kennedy à Los Angeles lorsque celui-ci est assassiné. Ce traumatisme, associé à diverses considérations plus personnelles, le conduit alors à prendre un peu de recul. Il ne revient que quelques mois plus tard à Los Angeles, avec dans ses poches la chanson Simple Song Of Freedom, d’abord enregistrée par Tim Hardin, comme un échange de bons procédés. Après avoir chanté la chanson de Tim Hardin en concert, il raconte dans cette vidéo cette anecdote et chante Simple Song Of Freedom…

C’est une chanson anti-guerre, opposant les « hommes en noir » au peuple avide de paix et de chansons, dénonçant les mensonges de la presse et les politiciens qui aiment se battre. Un couplet de la chanson, ici interprété, avait été omis par Tim Hardin dans sa version : celui où Darin s’adresse à Soljenitsyne en lui demandant, s’il n’est pas trop occupé, de bien vouloir lui dire si ceux qui labourent son pays ont vraiment la guerre en tête (dans cette version, Soljenitsyne est remplacé par le poète Evtouchenko). Le thème de l’agressivité de l’Union Soviétique était au cœur des propagandes de la guerre froide, mais les militants de la paix allaient rarement jusqu’à prendre explicitement la défense de l’ennemi désigné. Il est presque étrange qu’une telle défense vienne de l’un des moins radicaux d’entre eux.

Bobby Darin est mort en 1973 d’une septicémie. Il n’avait que 37 ans,


SIMPLE SONG OF FREEDOM

Chorus:
Come and sing a simple song of freedom
Sing it like you’ve never sung before
Let it fill the air
Tell the people everywhere
We, the people here, don’t want a war

Hey there, Mister Black Man can you hear me?
I don’t want your diamonds or your game
I just want to be someone known to you as me
And I will bet my life you want the same

(Chorus)

Seven hundred million are you listening?
Most of what you read is made of lies
But speaking one to one, ain’t it everybody’s sun
To wake to in the morning when we rise? So…

(Chorus)

Brother Yevtushenko are you busy?
If not would you drop a friend a line?
Tell me if the man, who is plowing up your land
Has got the war machine upon his mind

(Chorus)

Now no doubt some folks enjoy doin’ battle
Like presidents, prime ministers and kings
So let’s all build them shelves where they can fight it out among themselves
Leave the people be who love to sing

(Chorus)

I say let it fill the air
Tellin’ people everywhere
We, the people here, don’t want a war

Freedom !