Avant de devenir le plus célèbre des « cowboys chantants » pour la télévision et les films de série B, Gene Autry avait été au tournant des années 30 l’un des principaux représentants avec Jimmie Rodgers de ce qui allait devenir la Country Music, en interprétant et en développant le répertoire de la musique Hilbilly. Mais il n’a pas dédaigné de chanter aussi au moins une chanson d’inspiration syndicaliste, celle qu’il a consacrée à la mort de l’héroïne du mouvement ouvrier Mother Jones que l’on propose ici, enregistrée en février 1931. Mother Jones était morte à peine deux mois plus tôt, à l’âge de 93 ans.

Institutrice et couturière née en 1837, Mary Harris Jones est l’une des plus grandes figures du syndicalisme américain. Organisatrice des Chevaliers du Travail à partir de 1871, après que son mari – un animateur du syndicat des ouvriers fondeurs – et ses quatre enfants aient péri de la fièvre jaune, elle contribue à la création de la grande organisation du syndicalisme révolutionnaire, les IWW, Industrial Workers Of The World, et rejoint le parti socialiste. C’est vers 1897, lorsqu’elle a 60 ans et, par sa mise et son attitude générale, aime à jouer le rôle de la « vieille dame » du mouvement ouvrier, qu’elle reçoit le sobriquet de Mother Jones. Elle se vieillira d’ailleurs, affirmant qu’elle était née en 1830 – ce qui lui permettra de fêter, le 1er mai 1930, un mythique 100e anniversaire. Son activité syndicale a surtout été menée parmi les mineurs.

A la différence d’autres femmes activistes syndicalistes, comme Elizabeth Gurley Flynn (l’inspiratrice de la chanson de Joe Hill Rebel Girl dont on trouve deux versions sur ce site, celle de Mats Paulson et celle de Hazel Dickens, avec des précisions biographiques dans la notice), elle n’a toutefois jamais été une féministe, refusant par exemple de se joindre aux combats pour le droit de vote des femmes, et estimant que si les ouvriers devaient recevoir des salaires convenables, c’était entre autres pour que leurs femmes puissent rester à la maison et s’occuper de leurs enfants. La question des droits des enfants, et en particulier la lutte contre le travail des enfants et la délinquance juvénile, a par contre toujours été l’une de ses préoccupations militantes.

Mother Jones a laissé le souvenir d’une organisatrice infatigable et d’une oratrice hors pair, sachant allier l’émotion, la colère et l’humour. En 1902, alors qu’elle comparaissait en justice pour ses activités syndicales, elle a eu l’honneur de s’entendre qualifier par le procureur Reese Blizzard de « femme la plus dangereuse d’Amérique », « Elle arrive dans un pays où règne la prospérité, claque les doigts… et vingt mille hommes posent leurs outils et manifestent ! » Elle a continué jusque dans les années 20 à animer le syndicat des mineurs, et publié une autobiographie en 1925. Jusqu’à son dernier souffle, elle a continué à militer.

Gene Autry semble ne pas être l’auteur de cette chanson, qui reste anonyme, et qui a connu un grand succès populaire. Lui-même ne s’est jamais signalé pour un engagement politique radical, et le reste de son répertoire n’en laisse rien paraître ; tout au plus certaines chansons le montrent hostile à la Prohibition des années 20-30. S’il a soutenu Roosevelt, et n’a jamais cessé de se considérer démocrate, il a néanmoins soutenu aussi bien Eisenhower que Richard Nixon ou Ronald Reagan. Mais cette chanson témoigne d’une sympathie de jeunesse indiscutable pour les luttes des travailleurs. Elle témoigne aussi du prestige acquis par la vieille dame du syndicalisme auprès d’un public excédant de très loin les seuls cercles révolutionnaires.


THE DEATH OF MOTHER JONES

The world today’s in mourning
O’er the death of Mother Jones;
Gloom and sorrow hover
Around the miners’ homes.

This grand old champion of labor
Was known in every land;
She fought for right and justice,
She took a noble stand.

O’er the hills and through the valley
In ev’ry mining town;
Mother Jones was ready to help them,
She never turned them down.

On front with the striking miners
She always could be found;
And received a hearty welcome
In ev’ry mining town.

She was fearless of every danger,
She hated that which was wrong;
She never gave up fighting
Until her breath was gone.

This noble leader of labor
Has gone to a better land;
While the hard-working miners,
They miss her guiding hand.

May the miners all work together
To carry out her plan;
And bring back better conditions
For every laboring man.