Le romancier populaire du Canada francophone, ce que l’on appelait alors le Bas-Canada et qu’on appelle aujourd’hui le Québec, Antoine Gérin-Lajoie, avait écrit cette chanson 1842 en pensant au sort des patriotes exilés à la suite de ce qui est resté dans les mémoires sous le nom de la Révolte des Patriotes de 1837-1838, à l’issue de laquelle les révoltés qui n’avaient pas été mis à mort avaient été exilés, aux États-Unis ou en Australie. Cette chanson est très populaire dans le Canada francophone, où elle appartient au folklore progressiste – et pas seulement. C’est l’une des rares chansons que Leonard Cohen a chantées en français, avec Le Partisan. Ian & Sylvia, folksingers canadiens, ont également voulu la mettre à leur répertoire.

Ils n’en chantent que deux couplets, mais l’intégralité du texte est donné ci-après à titre documentaire. On pourrait s’étonner qu’un texte dont l’intérêt littéraire semble si faible ait pu acquérir, du vivant même de son auteur, une si grande popularité ; c’est que la contrepartie du caractère presque rudimentaire de son écriture est l’exposé simple, naïf et vrai du sentiment qui traverse l’exilé, désormais dépourvu de toute attache, et qui songe avec nostalgie à son pays perdu et aux amis qu’il ne reverra plus.


UN CANADIEN ERRANT

Un Canadien errant,
Banni de ses foyers,
Parcourait en pleurant
Des pays étrangers.

Un jour, triste et pensif,
Assis au bord des flots,
Au courant fugitif
Il adressa ces mots:

« Si tu vois mon pays,
Mon pays malheureux,
Va, dis à mes amis
Que je me souviens d’eux.

« Ô jours si pleins d’appas
Vous êtes disparus,
Et ma patrie, hélas!
Je ne la verrai plus!

« Non, mais en expirant,
Ô mon cher Canada!
Mon regard languissant
Vers toi se portera… »