Au rythme d’un album par an, Blue était en 1971 le quatrième disque de Joni Mitchell, presque entièrement composé de nouvelles chansons. Très nouvelles. Joni Mitchell commençait à explorer des voies d’expression inattendues ; et si elle avait toujours exprimé une personnalité créative singulière, elle s’éloignait toujours plus de l’idiome dans lequel elle baignait originairement. La présence sur l’album d’un accompagnement de dulcimer est peut-être la seule trace d’un choix de maintien dans les traditions du folk. Encore s’agit-il chez elle d’un emploi décalé, à mille lieues de celui que Jean Ritchie avait ressuscité. Comme California, que l’on trouve sur ce site, My Old Man figure sur cet album et est ici enregistrée en public dans l’année qui précède, alors que Joni Mitchell résidait toujours en Europe après une rupture sentimentale qui l’avait incitée à prendre du recul. Elle expérimente en quelque sorte ses nouvelles chansons, avant de les graver dans le vinyle. Le texte de cette version est ainsi plus court que celui du disque, qui comporte d’autres couplets.

Si comme son titre l’indique, My Old Man est une évocation de son père, c’est une évocation trouble, quasi-amoureuse, voire incestueuse qui est donnée comme avec nostalgie : lorsqu’il part, le lit est trop grand et la poêle à frire trop vaste. Rien dans la biographie connue de Joni Mitchell n’indique qu’il s’agirait là de souvenirs réels plutôt que de métaphores poétiques provocatrices.


MY OLD MAN

My old man
He’s a singer in the park
He’s a walker in the rain
He’s a dancer in the dark

We don’t need no piece of paper
From the city hall
Keeping us tied and true
No, my old man
Keeping away my blues

But when he’s gone
Me and them lonesome blues collide
The bed’s too big
The frying pan’s too wide

But he comes home
And he takes me in his loving arms
And he tells me all his troubles
And he tells me all my charms

We don’t need no piece of paper
From the city hall
Keeping us tied and true
No, my old man
Keeping away my blues

But when he’s gone
Me and them lonesome blues collide
The bed’s too big
The frying pan’s too wide