La vie même de Weldon ‘Juke Boy’ Bonner illustre ce dont il parle dans ses chansons. Voici un très grand bluesman qui n’a jamais pu vivre de sa musique, et n’a jamais cessé de travailler (dans un élevage industriel de poulets), et a fini par mourir, à l’âge de 46 ans, d’une cirrhose du foie. La vie a pour lui été une lutte continuelle, tant politique et sociale que personnelle. Né en 1932 dans une pauvre famille de neuf enfants, à Belville, dans une région rurale du Texas, il est très tôt orphelin, et élevé tant bien que mal par des voisins. Vers l’âge de douze ans, il apprend seul à jouer de la guitare, et peu après s’installe avec sa grande sœur à Houston, ville dure qu’il évoque dans la chanson que l’on trouve sur ce site, Struggle Here In Houston. Il se marie, et sa femme le quitte en le laissant élever seul leurs trois enfants. Il joue des standards du blues au coin des rues, fortement influencé par le maître du blues à Houston, Lightnin’ Hopkins, ainsi que par Jimmy Reed et Slim Harpo. Il raconte dans une chanson comment Mercy Dee Walton lui a un moment donné sa chance en le faisant chanter dans son spectacle. S’il enregistre quelques morceaux de 1954 à 1957, ces enregistrements ne sont jamais publiés. À partir de 1963, il commence à écrire de la poésie, qu’il publie occasionnellement dans un hebdomadaire local. À cette époque, on lui diagnostique un important ulcère à l’estomac, et il faudra lui enlever la moitié de cet organe pour le sauver. C’est aussi l’époque de l’assassinat de J.F. Kennedy, qui le bouleverse. En 1967, il enregistre son premier véritable album. Mais c’est en 1968 et 1969 que Arhoolie publie les deux disques qui constituent sans doute la meilleure part de son travail, et dont sont tirés tant Life Gave Me A Dirty Deal (qu’il avait enregistré précédemment dans une autre version) que Struggle Here In Houston. Il eut par la suite l’occasion de tourner en Europe (après avoir connu quelques difficultés pour obtenir son passeport, qu’il évoquera ultérieurement dans une chanson). Son mentor Lightnin’ Hopkins lui souhaite alors bonne chance : lui même ne peut pas envisager de prendre l’avion… D’autres disques suivront, avant sa mort prématurée, sans jamais lui donner un succès pourtant mérité.

Juke-Boy Bonner, qui doit son sobriquet à sa fréquentation des « juke-joints », genre de cabarets où la musique est permanente, s’accompagne à la guitare et à l’harmonica, mais aussi à la grosse caisse et aux cymbales à pédales, comme un homme-orchestre. Quant à ses chansons, elles combinent son expérience de chanteur de classiques et celle de poète : ce sont des chansons originales, souvent émaillées de formules fortes, et bien ancrées dans la tradition du blues texan.

Life Gave Me A Dirty Deal a une forme assez classique, avec son premier couplet, qui répète un premier vers, suivi d’une réponse par un vers complémentaire. Les autres reprennent ces deux vers après les avoir introduits par deux nouveaux, le contenu du premier couplet devenant ainsi un genre de refrain.

« Je souris comme si j’étais heureux, mais vous ne savez pas ce que je ressens. J’ai l’impression que la vie est une tricheuse, et qu’elle m’a donné un jeu pourri. »


LIFE GAVE ME A DIRTY DEAL

Smiling like I’m happy, but you don’t know how I feel
I’m smiling like I’m happy, but you don’t know how I feel
Il feel like life is a cheater and it gave me a dirty deal

Now I gwanna tell everybody just like it is
I think the people are worry and I mind the whole backman tears but I’m
Smiling like I’m happy, but you don’t know how I feel
Il feel like life is a cheater and it gave me a dirty deal

But tell everybody and please understand
My baby don’t love me no more, she got some other man, and I’m just
Smiling like I’m happy, but you don’t know how I feel
Il feel like life is a cheater and it gave me a dirty deal