Odetta chante ici en 1957 une berceuse très populaire, dont l’origine est anglaise – elle est chantée par Alfred Deller dans un recueil de ballades traditionnelles – mais dont un couplet est certainement afro-américain. Plus précisément, il semble avoir été conçu par une esclave chargée de prendre soin d’un enfant chez ses maîtres, et devant pour ce faire négliger le sien. Ainsi, la chanson est-elle toute en douceur, comme une berceuse, mais aussi en plainte, exprimée par ce couplet supplémentaire, comme le chant d’une femme qui s’inquiète pour son enfant. Odetta s’identifie merveilleusement à cette femme, cette esclave qui manifeste en lui chantant cette berceuse sa tendresse pour l’enfant qui n’est pas le sien, tout en lui parlant à mots couvert de celui auquel elle pense – et pour lequel elle chante à distance.

Pour endormir le petit enfant, elle lui promet que le lendemain, il aura tous les plus jolis chevaux, noirs, gris, bais et tachetés. Quant au pauvre petit agneau qu’importunent les abeilles et les papillons – métaphore de son propre enfant – il appelle sa mère.


ALL THE PRETTY LITTLE HORSES

Hush-a-by, don’t you cry,
Go to sleep little baby.
When you wake, you shall have,
All the pretty little horses

Blacks and bays, dapples and greys,
All the pretty little horses

Way down yonder in the meddow
Lies a poor little lambie,
Bees and the butterflies peckin’ on its eyes,
Poor lil thing is crying « Mammy! »

Blacks and bays dapples and greys,
All the pretty little horses

Mmmm…

When you wake, you shall have,
All the pretty little horses