Oh Susanna, ici interprétée par Ed McCurdy, est sans guère de conteste possible la plus connue et la plus populaire des chansons américaines de tous les temps. Entrée dans le folklore depuis le milieu du XIXe siècle, elle est l’œuvre de Stephen Foster, également auteur de Old Folks At Home (ou Swanee River), que l’on trouve sur ce site dans l’interprétation de Paul Robeson. Écrite en 1847 et publiée en 1848, elle a connu immédiatement de nombreuses appropriations illicites de la part de plusieurs artistes, la publiant sous leur nom. Aucune chanson américaine n’avait jusqu’alors été vendue à plus de 5.000 exemplaires. Oh Susanna atteignit le chiffre de 100.000 – et rapporta en tout et pour tout 100$ à son auteur.

Le texte joue avec brio sur le non-sens. Le même vers indique qu’il a plu toute la nuit, et que le temps était sec, un autre que le soleil était si chaud que l’on mourrait de froid. Il est écrit dans une graphie censée imiter le parler des Noirs du Sud : il s’agissait d’une chanson destinée aux spectacles des « Black Ministrels », artistes blancs grimés en noir pour jouer une musique du genre de celle attribuée aux Noirs, pour un public blanc amusé. Foster n’en était pas moins un abolitionniste convaincu, mais des traces de ce que l’on n’hésiterait pas à qualifier aujourd’hui de racisme sont visibles dans plusieurs de ses chansons. Dans un couplet qui n’est plus guère chanté (et qui ne l’est pas dans cette version), sont évoqués les « niggers » (les « négros »), comme les « darkies » (les « foncés ») dans d’autres chansons. Mais celui qui chante est lui-même censé être un « nigger ».


OH SUSANNA

I come from Alabama with my Banjo on my knee—
And I’m gwine to Lou’siana my true lub for to see.
It rain’d all night de day I left, de wedder it was dry;
The sun so hot I froze to def—Susanna, don’t you cry.

Chorus:
Oh! Susanna, do not cry for me;
For I come from Alabama, wid my Banjo on my knee.

I had a dream de udder night, when ebry ting was still;
I dreamed I saw Susanna, a coming down de hill.
De buckweat cake was in her mouf, de tear was in her eye,
Says, I’se coming from de souf—Susanna, don’t you cry.

(Chorus)