Entre 1955 et 1958, Jack Elliott, qui n’était pas encore Ramblin’ Jack, enregistrait ses premiers disques, à Londres. Sur le troisième d’entre eux, Jack Takes The Floor, il annonce avant d’entamer sa chanson la présence dans le studio d’un invité surprise : son vieux copain et compagnon de voyage Woody Guthrie. Voilà un an et demi qu’il ne l’a pas vu, et cela semble dix ans à Woody. Un bref dialogue s’ensuit, et Woody, accompagné et suivi de Jack, chante une de leurs vieilles chanson, New York Town. « Elle est bien, celle là ! », dit Woody. « Hey, merci Woody » répond Jack. C’est bien la voix de Woody Guthrie, c’est son jeu de guitare, et c’est l’une des chansons de son répertoire. Mais ce n’est pas Woody Guthrie. Jack Elliott a juste mis en œuvre son talent d’imitateur pour se glisser dans la peau de son grand ainé, son ami, dont il a été un des derniers compagnons d’errance. Ils ont fait connaissance au début des années 50 : le jeune homme qui tentait de s’évader du milieu bourgeois où il avait été élevé, et l’icône de la renaissance folk. L’aîné a pris le cadet sous son aile pour ses derniers voyages, et lui a ouvert des horizons esthétiques qu’il ne quittera plus.

Mais Woody ne risque pas de se promener dans un studio d’enregistrement londonien ; il est désormais, et de façon définitive, enfermé dans l’hôpital où la chorée de Huntington ronge petit à petit son cerveau. Il répète néanmoins à la fin de la chanson, en prenant congé de son partenaire : « Elle est bien, celle là, Jack ! », et Jack le remercie.

New-York Town, comme beaucoup de chansons de son répertoire, n’est pas vraiment une chanson de Woody Guthrie, même s’il en a comme souvent aménagé vaguement le texte, se l’est en somme approprié comme un artiste folk peut s’approprier le fonds de la tradition – en l’occurrence, la tradition du blues. On en trouve sur ce site une version par Cisco Houston, sans doute proche de celle de Woody, avec le texte de cette dernière. Jack Elliott, par la voix de Guthrie, ne chante que trois des nombreux couplets de cette version. Quant au couplet qu’il chante avec sa propre voix, il n’appartient pas au répertoire de Woody, mais est inspiré d’une autre version de la même chanson, celle qu’interprétait sous le titre Cairo Street le bluesman d’Atlanta Blind Willie McTell dans les années 40. Et Jesse James apparaît ainsi à l’improviste dans une chanson où on ne l’attendait pas, comme Woody Guthrie était apparu dans le studio d’enregistrement…


NEW YORK TOWN

I’m standing down in New-York town one day
Standing down in New-York town one day
Standing down in New-York town one day
Singing hey, hey hey hey

I was broke and didn’t have a dime
I was broke and did not have a dime
I was broke and did not have a dime
Hey, hey hey hey

Every good man get little hard luck sometime
Every good man get little hard luck sometime
Every good man get little hard luck sometime
(Play out, man !)
Sing hey, hey hey hey

I’m gonna ride the new morning railroad
I’m gonna ride the new morning train
I’m gonna ride the new morning train
Singing hey, hey hey hey

(Take the first, Jack!)

Do you want your friend to die like Jesse James
Do you want your friend to die like Jesse James
Want your friend to die like Jesse James
Well have a big shooter hold up a passenger train

Hey, hey hey hey, ho, ho ho ho,
Ho, ho ho ho, hey, hey hey hey