Careless Love est une chanson tirée du tréfonds des folklores blanc et noir des États-Unis. On en trouve sur ce site une version, très classique, donnée par Lonnie Johnson, et une, plus rare, par Jean Ritchie, qui la chante comme une chanson classique du répertoire blanc des Appalaches. En fait, c’est surtout un blues, interprété par de nombreux artistes afro-américains, à commencer par la grande Bessie Smith. Elle était au répertoire du pionnier du jazz Buddy Bolden, aux débuts du XXe siècle, et de nombreux musiciens de jazz en ont donné leur version, comme en particulier Louis Armstrong. Dans le champ du blues d’avant-guerre, outre Lonnie Johnson et Bessie Smith, on pourrait citer Blind Boy Fuller. Les versions sont souvent très différentes par leur texte, même si certaines constantes existent. C’est le propre de la chanson folklorique, encore accentué dans le blues : chaque artiste apporte sa patte au texte chanté, l’adapte, l’improvise plus ou moins, le modifie au fil de ses propres interprétations. Compte tenu du rôle du disque dans la diffusion de cette musique, les couplets, ou vers apportés par les unes ou les autres sont repris et modifiés à leur tour, si bien que des centaines d’enregistrements de ce classique, on pourrait sans doute extraire plus d’une dizaine de couplets différents, mais souvent parents, de thèmes ou de vers qui se répondent, et dont le sens ne s’éclaire parfois qu’à l’écoute d’autres versions : ainsi la référence que l’on trouve souvent, et par exemple dans cette version de Dave Van Ronk (qui en a enregistré d’autres), au tablier porté par la femme qui s’exprime. La version de Jean Ritchie est sans doute la plus explicite sur ce point, ce qui semble lui conférer une origine ancienne.

C’est de son premier disque, Dave Van Ronk Sings Ballads, Blues And Spirituals, paru en 1959, que cette chanson est tirée. L’interprétation qu’il donne est curieusement enlevée, avec une guitare très rythmique et sans les effets de jeu qui sont habituels chez Van Ronk. Par ailleurs, c’est une version qui semble féminine (avec la référence au tablier, et sans l’idée de meurtre que l’on trouve par exemple chez Lonnie Johnson). Comme chez Jean Ritchie, on y trouve le regret que le train qui pourrait le ramener d’où il vient ne passe pas. Mais ce train, « mon train », pourrait bien être celui de la mort – thème classique dans la chanson. Quoi qu’il en soit, c’est toujours le thème de l’amour malheureux qui est ici exploré : l’amour suivi  d’un abandon qui brise la vie, même si est affirmé le refus de continuer à pleurer.


CARELESS LOVE

Well it’s love, oh love oh careless love
Well it’s love, oh love oh careless love
Well you caused me to weep, you caused me to mourn
You caused me to leave my happy home

Well it’s sorrow, sorrow to my heart
Well it’s sorrow, sorrow to my heart
Well it’s sorrow, sorrow, sorrow to my heart
That me and my true love had to part

Well when my apron string did pin
When my apron string did pin
Well when my apron string did pin
You tied my daughter, wouldn’t come in

I cried last night and the night before
I cried last night and the night before
I cried last night and the night before
Don’t cry tonight and cry no more

Well it’s love, oh love oh careless love
Well it’s love, oh love oh careless love
Well you caused me to weep, you caused me to mourn
You caused me to leave my happy home

I wish the Lord my train would come
I wish the Lord my train would come
I wish the Lord my train would come
And take me back where I come from

Well it’s love, oh love oh careless love
Well love, oh love oh careless love
You caused me to weep, you caused me to mourn
You caused me to leave my happy home