C’est une vieille ballade du folklore de l’archipel d’Orkney – une région du nord de l’Écosse, peuplée de descendants de norvégiens – que chante ici John Denver, comme l’avaient fait avant lui Judy Collins et Joan Baez, sous le titre The Great Selkie. La version de Denver est plus proche de l’originale, telle qu’elle avait été collectée à la fin du 19e siècle par le folkloriste américain Francis James Child, à qui l’on doit la préservation d’un très grand nombre de chansons traditionnelles. The Great Selkie Of Sule Skerry est partie intégrante d’un vaste cycle épique de la région.

C’est une chanson à l’ambiance magique, issue de légendes norvégiennes, où il est question d’un être mystérieux, le Silkie, mi-homme, mi-otarie, qui est un homme lorsqu’il est sur terre, et une otarie lorsqu’il se réfugie dans les mers. C’est seulement sur terre que l’on peut le voir et il est doté, entre autres pouvoirs, de celui de prédire l’avenir – fût-ce, comme dans la chanson, son propre avenir, aussi tragique soit-il.

Un homme vient rechercher un enfant qu’il a laissé en nourrice chez une femme. Mais cette femme semble bien être la mère de l’enfant, dont le père a disparu. Et ce père n’est autre que le Silkie. Il paye à la femme ses gages de nourrice, et repart avec l’enfant en prédisant à la jeune femme qu’elle épousera un vaillant chasseur, et que ce chasseur les tuera, lui et son jeune fils.


THE GREAT SELKIE OF SULE SKERRY

An earthly nourris sits and sings,
And aye she sings, Hi lilly wean,
And little ken I my bairn’s father,
Far less the land where he dwells in.

For he did step to her bedside,
And a grumly guest I’m sure ‘t was he,
Saying « Here am I, thy bairn’s father,
Although I be not commonly.

I am a man upon the land,
I am a silkie in the sea,
And when I’m far at far frae line,
My home it is in Sule Skerry.

And he did take a purse of gold,
And he did place it upon her knee,
Saying, give to me, my little young son,
And take thee up thy nouris fee.

And it shall come to pass on a fine summer’s day,
When the sun shines brightly on every stone,
That I shall take my little young son,
And teach him how to swim the foam.

And you shall marry a proud gunner,
And a right fine gunner I’m sure he’ll be,
And the very first shot that e’re he shoots,
Will kill both my young son and me.