Il y avait eu un précédent. À la suite d’un arrêt de la Cour suprême de 1946, prohibant la ségrégation raciale dans les transports entre États des États-Unis (comme atteinte non pas aux droits humains, mais à la liberté du commerce…), mais que les États du Sud refusaient d’appliquer au nom de leurs coutumes et traditions sanctionnées dans leurs lois dites « Jim Crow », un groupe de jeunes activistes (au nombre desquels William Worthy, le héros d’une autre chanson de Phil Ochs que l’on trouve sur ce site), Blancs et Noirs, avaient en avril 1947 violé les lois Jim Crow de Caroline du Nord en voyageant ensemble. Bien que l’un des Blancs ayant participé à cette aventure ait été un pasteur méthodiste, le juge Henry Whitefield qui les avait condamnés aux travaux forcés avait déclaré : « Il est temps que vous autres, les Juifs de New-York appreniez que vous ne pouvez pas venir ici avec vos négros pour bouleverser les coutumes du Sud. Pour vous donner une leçon, je vais donner 30 jours à vos Noirs, et 90 à vous. » Les choses en étaient restées là, mais cet exemple devait inspirer à partir de 1961 l’une des plus importantes campagnes de la lutte pour les droits civiques, celle des « Freedom Riders », les voyageurs de la liberté.

En 1960, un nouvel arrêt de la Cour suprême avait étendu sa jurisprudence aux terminaux des lignes de bus entre États (en particulier aux salles d’attente et aux restaurants exploités dans ces terminaux). Les Freedom Riders décidèrent de mettre cette décision, que les États du Sud ne respectaient pas et alors que le gouvernement fédéral ne faisait rien pour les y contraindre, à l’épreuve. Mais cette fois, ils ne se limitèrent pas à la Caroline du Nord, mais pénétrèrent plus avant dans le Sud profond, où la violence raciale était bien plus marquée. Et la violence ne manqua pas. Violences policières, arrestations pour violation des coutumes locales et des lois Jim Crow, et aussi, sous le regard bienveillant de cette même police raciste, violences de la part de foules blanches et de militants du KKK. Le premier de ces voyages de la liberté fut organisé en mai 1961, avec des militants aguerris du CORE et deux militants de la SNCC. Le trajet prévu devait conduire les Freedom Riders à travers la Virginie et les deux Caroline, la Géorgie, l’Alabama et le Mississippi jusqu’à la Louisiane et la Nouvelle Orléans, où une manifestation était prévue. Des arrestations eurent lieu en Caroline du Sud, et dans le Mississippi. Mais c’est en Alabama que les choses sérieuses commencèrent, avec l’incendie d’un bus par des membres du KKK avec la complicité d’un informateur du FBI membre du Klan et de la police locale, dont le chef était lui-même un sympathisant de cette organisation de suprématistes blancs. Certains militants furent gravement blessés, et les hôpitaux locaux refusèrent de les soigner, par crainte des réactions de la foule raciste. Ils ne furent en définitive soignés que sous la protection armée d’un groupe de militants noirs. Toujours en Alabama, nouvelles attaques à Birmingham. Les groupes du KKK agressent les Freedom Riders à coups de battes de baseball, de tubes métalliques et de chaînes de vélo.

Devant la gravité des évènements, l’Attorney général des États-Unis – qui n’était autre que Robert Kennedy – tenta de calmer… les Freedom Riders ! Il les fit tout de même escorter jusqu’à Birmingham, Alabama. Ensuite, les chauffeurs de la compagnie de bus, effrayés par les attaques désormais récurrentes, refusèrent de poursuivre l’aventure, et c’est en avion que les voyageurs de la liberté rejoignirent La Nouvelle Orléans, non sans quelques incidents. D’autres Freedom Riders prirent alors le relais, de crainte que l’arrêt du mouvement ne puisse constituer un recul de la lutte. Ils furent arrêtés à Jackson, Mississippi.

Beaucoup de militants des Freedom Rides durent passer quelques temps dans les prisons du Mississippi, et en particulier dans le redoutable pénitencier de Parcham Farm. Ils y furent mis à l’isolement, pour éviter que les chansons de lutte qu’ils entonnaient ne viennent à contaminer les autres prisonniers (presque tous noirs) de cet établissement. Le nec plus ultra de l’isolement était le couloir de la mort – normalement réservé aux condamnés attendant l’exécution de la peine capitale, et où l’on ne confinait jamais des prisonniers condamnés à de courtes peines. C’est là qu’ils continuèrent à chanter.

C’est cette aventure que raconte Phil Ochs dans sa chanson.


FREEDOM RIDERS

Jackson, Mississippi is a mighty white town
The white folks, they like to keep the black folks down
They think they’ll be alright but there’s gonna be a fight
And they’ll have to share that freedom crown
Yes, they’ll have to share that freedom crown

Chorus:
Freedom riders roll along
Freedom riders won’t be long
Won’t be long

They boarded a bus in Washington D.C.
To enter a state half slave and half free
The wheels hummed a song and they sang along
The song of liberty, the song of liberty

(Chorus)

Jimmy Farmer was a hard fightin’ man
Decided one day that he had to take a stand
He led them down to slavery town
And they threw Jim Farmer in the can
And they threw Jim Farmer in the can

(Chorus)

One of these days and it won’t be long
The solid south is gonna sing another song
They’ll understand that a man’s not a man
‘Til he has all the freedoms of the land

(Chorus)