Quand une chanson d’actualité, ou liée à des évènements particuliers, devient une chanson populaire, la mémoire se perd de ces évènements et ne reste que la légende et la façon dont elle est mise en perspective. On trouve dans le patrimoine folk beaucoup de ces chansons, et certaines n’ont pour ainsi dire plus de sens pour qui n’a pas connu les évènements en cause, pour qui ils n’appartiennent pas à la culture partagée qui constitue l’imaginaire de chacun. Ce qui caractérise le génie de leurs auteurs, est la manière dont, même détachée de leur prétexte historique ou anecdotique, elles continuent de résonner dans les consciences. C’est le cas de bien des chansons de Woody Guthrie, et en particulier de celle-ci, si souvent reprise à une époque où le nom même de Pretty Boy Floyd était oublié. Sur l’histoire de ce bandit, dont on voit certaines photos sur la vidéo, sur sa vie et sur sa mort, et plus généralement de cette chanson, qui fait de cette vie une légende, on consultera utilement la notice qui introduit sur ce site la version de son auteur.

Ramblin’ Jack Elliott est l’un des interprètes privilégiés de Guthrie, et Pretty Boy Floyd est l’une de ses chansons qu’il a le plus enregistrées (avec 1913 Massacre, elle aussi sur ce site dans son interprétation, et qui elle aussi réfère à des évènements sortis de la mémoire collective). C’est bien sûr la morale de la chanson qui lui donne son caractère intemporel : au delà de l’éloge direct du bandit d’honneur, la dénonciation des rapaces divers qui dévalisent les pauvres gens le plus légalement du monde, armés en lieu et place de six-coups d’un simple stylo à plume.


PRETTY BOY FLOYD

If you’ll gather ’round me, children,
A story I will tell
‘Bout Pretty Boy Floyd, an outlaw,
Oklahoma knew him well.

It was in the town of Shawnee,
It was Saturday afternoon,
His wife beside him in his wagon
As into town they rode.

A deputy sheriff approached him
In a manner rather rude,
Using vulgar words of language,
An’ his wife she overheard.

Pretty Boy grabbed a log chain,
And the deputy grabbed his gun;
And in the fight that followed
Laid that deputy down.

He fled to the hills and woodland
To live a life of shame;
Every crime in Oklahoma
Was added to his name.

Now there’s a many a starvin’ farmer
The same old story told
How this outlaw paid their mortgage
And saved their little homes.

Others tell you of a stranger
Come to beg a meal,
And underneath his napkin
Left a thousand-dollar bill.

Was in Oklahoma City,
It was on a Christmas Day,
There come a whole car load of groceries
And a letter that did say:

« You say that I’m an outlaw,
You say that I’m a thief.
Now here’s a Christmas dinner
For the families on relief. »

Now, as through this world I’ve rambled
I’ve seen lots of funny men;
Some will rob you with a six-gun,
And some with a fountain pen.

And as through your life you travel,
And as through your life you roam,
You won’t never see an outlaw
Drive a family from their home.