Voici un document : le premier enregistrement commercial jamais réalisé d’un artiste de « blues rural ». Si Ed Andrews  n’a pas poursuivi l’éblouissante carrière de certains de ceux qui l’ont suivi, il a ouvert leur chemin. Ou plutôt, les agents commerciaux de l’industrie phonographique l’ont ouvert avec lui.

Nous sommes en 1924, et les compagnies de disque cherchent de nouveaux marchés : les populations rurales du Sud noir en sont un. Voilà une trentaine d’années que se développe un genre nouveau parmi ces populations, le blues, issu de diverses sources, créolisation des musiques populaires qui du monde entier, avaient convergé là, entre les anciens esclaves d’origine africaine et les petits métayers d’origine européenne. Et la popularité de ce genre doit bien pouvoir être commercialisé, être comme tout ce qui passe à protée de la main du capital, source de profits. Après les enregistrements, dès 1920, de chanteuses de blues (la première est Mamie Smith ; viendront vite Ma Rainey et Bessie Smith, et d’autres artistes du circuit ambulant des Vaudeville…), une aventure commence, dans laquelle le développement impétueux d’un moment essentiel de la culture populaire américaine va accompagner celui de son capitalisme, avant de connaitre la même crise, les mêmes soubresauts, les mêmes redressements, les mêmes évolutions.

Le morceau n’a rien de « primitif » : c’est le blues déjà abouti, semblable à ce qu’il sera dans les décennies qui suivent – et semblable sans doute à ce qu’il était depuis les décennies qui précédaient. Une structure prosodique classique, avec répétition du premier vers. Les thèmes à jamais éternels de la poésie populaire afro-américaine, un jeu de guitare qui, sans être particulièrement sophistiqué, n’est pas pour autant simplifié…