Cette sombre chanson est tirée du deuxième album de Leonard Cohen, Songs From A Room, en 1969. Le poète y fait ce qu’il sait faire : s’accoutumer à un présent qui ne s’y prête pas, à un passé qui ne s’y prête pas, à un avenir qui ne s’y prête pas…

Que faire d’un monde devenu invivable, et comment y vivre ? Leonard Cohen en dit quelques mots de révolte pessimiste et de désespoir, en envisageant comment ce monde est le seul héritage des générations qui l’ont précédé. Il ne répondra pas au « comment », mais affirmera que c’est bien notre monde….

Je suis allé voir un boucher : il abattait un agneau… Je l’ai accusé… Mais il me dit « Écoute moi, mon enfant, je suis ce que je suis, mais toi, tu es mon unique fils… Ne me laisse pas ! Je suis encore brisé d’une récente chute… Il y a du sang sur mon corps et de la glace dans mon âme. Tiens bon, mon fils : c’est ton monde. »

THE BUTCHER

I came upon a butcher,
he was slaughtering a lamb,
I accused him there
with his tortured lamb.
He said, « Listen to me, child,
I am what I am and you, and you are my only son. »

Well, I found a silver needle,
I put it into my arm.
It did some good,
did some harm.
But the nights were cold
and it almost kept me warm,
how come the night is long?

I saw some flowers growing up
where that lamb fell down;
was I supposed to praise my Lord,
make some kind of joyful sound?
He said, « Listen, listen to me now,
I go round and round
and you, you are my only child. »

Do not leave me now,
do not leave me now,
I’m broken down
from a recent fall.
Blood upon my body
and ice upon my soul,
lead on, my son, it is your world.