On l’a appelée « la mère du Folk », et bien que la carrière de Jean Ritchie, ait été discrète et modeste, elle représente en effet un élément essentiel de la transition entre la chanson traditionnelle et le « folk revival » des années 1960. C’est que son rapport à la musique traditionnelle n’était pas, comme pour les jeunes acteurs de la révolution folk, le fait d’un intérêt somme toute livresque, extérieur, « folklorisant » au folklore : c’était son idiome, celui dans lequel elle avait été élevée dans son Kentucky reculé. Et les Appalaches rurales où elle a grandi étaient un réservoir inépuisable de chansons, souvent d’origine anglaise, que l’on chantait à la veillée, dans une société demeurant plus ou moins à labri des fracas de la modernité urbaine. Elle est aussi à l’origine de la redécouverte par les musiciens folk du vieil instrument traditionnel, le dulcimer, qui devait être entre autres adopté par un moderniste comme Richard Fariña.