On ne s’attendrait pas à trouver le mot « bourgeoisie », qui appartient au lexique sophistiqué du marxisme, dans le vocabulaire d’un sous-prolétaire noir du Sud des États-Unis. Mais Leadbelly apprenait vite… Alan Lomax l’avait hébergé chez lui à Washington, et s’était vu mettre en demeure par sa propriétaire de mettre fin à ce scandale. Il avait expliqué à Leadbelly : « c’est une ville de bourgeois ! » Le mot avait plu au grand artiste, qui en avait fait une chanson, enregistrée en 1938.

Leadbelly a enregistré plusieurs versions de cette chanson, avec quelques variantes dans le texte et l’ordre des couplets.

Et le voilà qui chante : « Il y a des Blancs à Washington, ils savent bien comment faire un négro d’un homme de couleur, simplement pour le voir courber l’échine ! », pour conclure : « C’est la patrie des braves, le pays des gens libres. Je ne veux pas être maltraité par une quelconque bourgeoisie ! »

BOURGEOIS BLUES

Look at here people, listen to me
Don’t try to find a home down in Washington, DC
‘Cause it’s a bourgeois town
Hoo, it’s a bourgeois town
I got the bourgeois blues
I’m gonna spread the news all around

Me ‘n my sweet wife and Miss Parrington, gone all over that town
Everywhere we go the people they would turn us down
Lord in a bourgeois town
Hoo, it’s a bourgeois town
I got the bourgeois blues
I’m gonna spread the news all around

Some white folks in Washington they know just how
Turn a colored man a nigger just to see him bow
Lord, in a bourgeois town
Hoo, it’s a bourgeois town
I got the bourgeois blues
I’m gonna spread the news all around

Me and my sweet wife Martha, was standing upstairs
Heard a white man say « I don’t want negroes up there »
He was a bourgeois man
Hoo, lived in a bourgeois town
I got the bourgeois blues
I’m gonna spread the news all around

This is the home of the brave, the land of the free
I don’t wanna be mistreated by no bourgeoisie
Lord, in a bourgeois town
Hoo, it’s a bourgeois town
I got the bourgeois blues
I’m gonna spread the news all around