S’il fallait choisir parmi beaucoup de chefs d’œuvres de Leadbelly, ce serait sans doute Midnight Special qui tiendrait le haut du pavé. On trouve déjà sur ce site une version de cette chanson extraordinaire par Sonny Terry et Brownie McGhee. Leadbelly la chante ici accompagné par le Golden Gate Quartet à ses débuts. Cela confère un rythme plus tranquille et une régularité plus grande à son interprétation par rapport à celles où il est seul avec sa guitare – même si le Golden Gate demeure discret, comme un simple accompagnement vocal, et n’intervient surtout que dans le refrain.

Bien qu’elle lui soit généralement attribuée, Midnight Special n’est pas vraiment une composition de Leadbelly lui-même. Il a simplement imprimé sa marque sur une chanson traditionnelle attestée dès le début du siècle, et déjà enregistrée dans les années 20. Mais cette marque est considérable, tant dans le puissant déroulement poétique du texte que dans la mise en musique.

Le Midnight Special était un train, mais cette chanson n’est pas une chanson de trains comme les autres. Elle n’évoque pas les voyages ou l’éloignement du foyer. C’est une chanson de prisonniers. La légende voulait dans le pénitencier de Sugarland – où Leadbelly avait passé quelques années – que si la lumière du train de minuit en provenance de Houston touchait un prisonnier, il serait libéré dans l’année. C’est au pénitencier d’Angola que John et Alan Lomax ont enregistré cette chanson lorsqu’ils y ont « découvert » Leadbelly. La version primitive indiquait d’ailleurs que celui qui se querellait ou se battait allait se retrouver à Sugarland. Dans la présente version, le propos est généralisé, et c’est dans un pénitencier quelconque que le fauteur de troubles se trouve conduit.

Dans cette version – l’une des trois ou quatre qu’il a enregistrées – Leadbelly ajoute un demi couplet que l’on ne retrouvera pas dans le texte ci-après. Il modifie aussi quelques mots, ainsi lorsque dans le premier couplet, ce n’est pas au « capitaine » mais au « gouverneur » qu’il demande sa libération. Il s’agit ici d’une évocation autobiographique, Leadbelly ayant été libéré de sa première peine de travaux forcés par le Gouverneur du Texas, pour lequel il avait composé une chanson, et ayant tenté de renouveler cet exploit, vainement, lors de sa seconde incarcération.

 


MIDNIGHT SPECIAL

Yonder comes Miss Rosie. How in the world do you know?
Well, I know her by the apron and the dress she wore.
Umbrella on her shoulder, piece of paper in her hand,
Well, I’m callin’ at the Governor, he turn a-loose my man.

Let the Midnight Special shine her light on me.
Oh let the Midnight Special shine her ever-lovin’ light on me.

When you gets up in the morning, when that big bell ring.
You go to marching to the table, you meet the same damn thing.
Knife and fork are on the table, ain’t nothing in my pan.
And if you say a thing about it, have a trouble with the man.

Let the Midnight Special shine her light on me.
Oh let the Midnight Special shine her ever-lovin’ light on me.

[…]

If you ever go to Houston, boy, you better walk right,
And you better not squabble and you better not fight.
Benson Crocker will arrest you, Jimmy Boone will take you down.
You can bet your bottom dollar that you’re penitentary bound.

Let the Midnight Special shine her light on me.
Oh let the Midnight Special shine her ever-lovin’ light on me.

Well, jumping Little Judy, she was a mighty fine girl.
Well Judy brought jumping to this whole round world.
Well, she brought it in the morning just a while before day.
She brought me the news that my wife was dead.
That started me to grieving, and hollering, and crying.
And I began to worry about a great long time.

Let the Midnight Special shine her light on me.
Oh let the Midnight Special shine her ever-lovin’ light on me.