Mississippi John Hurt est un musicien singulier. Dans les années 20, les grandes compagnies de l’industrie du disque se sont lancées à l’assaut d’un nouveau marché : celui du public Noir, du nord comme du sud.

Après le succès des premiers blues enregistrés, en particulier par les musiciennes du « blues classique » comme Ma Rainey et Bessie Smith, elles se sont mises à enregistrer massivement des artistes du « country blues », la tradition du « blues rural » comme Blind Lemon Jefferson ou Charlie Patton, et de nombreux autres. Plusieurs styles ont commencé à se distinguer, celui du Mississippi (Charlie Patton ou Son House), celui de la côte est (Blind Blake, Blind Boy Fuller) et quelques autres.

Les studios ambulants se déplaçaient dans les petites villes et les villages, les agents se renseignaient sur les chanteurs les plus populaires, ou passaient simplement des annonces dans la presse locale, et chacun avait sa chance d’enregistrer. C’est dans ce contexte que les agents de la maison Okeh Records sont tombés en 1928 sur un petit ouvrier agricole, déjà âgé de 36 ans, chanteur tranquille et guitariste d’une grande subtilité, qui faisait la joie de ses concitoyens dans les fêtes locales : John Hurt. Il en est résulté un album, au succès modéré. Puis John Hurt est retombé dans l’oubli. En 1940, il était à nouveau « découvert » par John Lomax, qui procédait à des enregistrements de terrain de la musique populaire pour le compte de la Bibliothèque du Congrès. Ces enregistrements n’ont été publiés que des années plus tard. John Hurt était toujours dans l’oubli, et continuait à travailler dans les champs de coton comme journalier.

Dans les années 60, de jeunes intellectuels new-yorkais commençaient à se passionner pour le patrimoine de la culture populaire. Les vieux disques de blues devenaient des objets de collection, et certains se mirent à la recherche de ces artistes dont on ne savait rigoureusement rien. L’un d’eux eut l’idée de se rendre à Avalon, dans le Mississippi, parce que Mississippi John Hurt avait, tant en 1928 qu’en 1940 enregistré une chanson intitulée Avalon Blues (avec des différences importantes dans le texte et la prosodie). Et à sa grande surprise, le premier venu pouvait lui indiquer l’adresse de John Hurt. Oui, il vivait toujours. Oui, il chantait toujours dans les soirées locales. Redécouverte, donc, de cet artiste. Il avait amélioré son délicieux jeu de guitare, enrichi son répertoire, mais chantait encore et toujours ses veilles chansons.

Et c’est là que commence vraiment la carrière de Mississippi John Hurt, à 65 ans. Une carrière brève (il devait mourir trois ans plus tard…) mais intense, avec des apparitions dans tous les grands festivals de la musique Folk, dans de nombreuses universités, et une grande quantité d’enregistrements. Voici donc Avalon Blues, dans sa version de 1940, enregistrée pour la Bibliothèque du Congrès. Son auteur semble avoir oublié cetrians couplets, et en lieu et place du blues parfaitement classique enregistré en 1928, il en donne une version simplifiée, où la structure de plusieurs couplets est réduite à un seul vers… Mais toute la fraicheur de l’enregistrement original se retrouve là, avec en plus la malice des commentaires qu’il en donne en fin d’enregistrement, douze ans plus tard.

AVALON BLUES

New York this mornin’, just ’bout half-past nine
New York this mornin’, just ’bout half-past nine
Avalon, my hometown, always on my mind

Avalon, my hometown, always on my mind
Pretty mama’s in Avalon, want me there all the time

When I left Avalon, throwin’ kisses and wavin’ at me
When I left Avalon…
When I left Avalon, throwin’ kisses and wavin’ at me

Says, « Come back, daddy, stay right here with me »
Says, « Come back, daddy…
« Come back, daddy, stay right here with me »

Hate to tell you Pretty Mama, you have got to know
Hate to tell you Pretty Mama…
I’m leaving Avalon, and I ain’t coming back no more

It’s one thing I can understand
It’s one thing I can understand
Pretty Mamas in Avalon, they sure want a man

Avalon my home town, got no great big rain
Avalon my home town…
Avalon my home town, got no great big rain

Pretty mama’s in Avalon, sure will spend your change
Pretty mama’s in Avalon…