Ceci est sans doute l’une des plus belles chansons écrite sur l’émigration et le sort fait aux migrants. Composée sur un texte de Woody Guthrie, il ne l’a jamais lui-même enregistrée, mais elle a eu de nombreux interprètes, en particulier Joan Baez et Cisco Houston (dont on trouve la version sur ce site). Barbara Dane, militante de tous les combats progressistes, en donne ici une interprétation très sensible.

C’est un fait divers qui avait fait réagir Woody Guthrie : un avion par lequel des ouvriers mexicains étaient expulsés vers leur pays s’était écrasé à Los Gatos, ne laissant aucun survivant. Et le journaliste qui donnait l’information à la radio avait précisé : ce n’étaient que des expulsés. Guthrie choisit de leur donner des noms. « Adieu, mon Juan, adieu Rosalita, adios mis amigos, Jesus y Maria, vous n’aurez pas de nom quand vous volerez dans le gros avion, et la seule façon dont ils vous appelleront sera : expulsés ! » Il raconte le travail dans les vergers de ces hommes et de ces femmes, de leurs parents et de leurs grands-parents qui n’ont jamais pu économiser un sou, de leurs frères et de leurs sœurs morts au travail, illégaux, rejetés, chassés comme des hors-la-loi, et qui meurent dans nos collines, dans nos déserts, dans nos vallées, qui meurent de chaque côté du fleuve. Et il demande si c’est le meilleur moyen de faire croître les vergers, de faire pousser de gros fruits, que de tomber comme des feuilles sans autre nom qu’expulsés.

Barbara Dane chante la chanson de mémoire, et en modifie ici où là le texte. C’est le texte original que l’on trouve ci-dessous.


DEPORTEE (PLANE WRECK AT LOS GATOS)

The crops are all in and the peaches are rott’ning,
The oranges piled in their creosote dumps;
They’re flying ‘em back to the Mexican border
To pay all their money to wade back again

Goodbye to my Juan, goodbye, Rosalita,
Adios mis amigos, Jesus y Maria;
You won’t have your names when you ride the big airplane,
All they will call you will be « deportees »

My father’s own father, he waded that river,
They took all the money he made in his life;
My brothers and sisters come working the fruit trees,
And they rode the truck till they took down and died.

Some of us are illegal, and some are not wanted,
Our work contract’s out and we have to move on;
Six hundred miles to that Mexican border,
They chase us like outlaws, like rustlers, like thieves.

We died in your hills, we died in your deserts,
We died in your valleys and died on your plains.
We died ‘neath your trees and we died in your bushes,
Both sides of the river, we died just the same.

The sky plane caught fire over Los Gatos Canyon,
A fireball of lightning, and shook all our hills,
Who are all these friends, all scattered like dry leaves?
The radio says, « They are just deportees »

Is this the best way we can grow our big orchards?
Is this the best way we can grow our good fruit?
To fall like dry leaves to rot on my topsoil
And be called by no name except « deportees »