On l’appelait l’oncle Ho. Né en 1890 d’un père lettré qui avait connu les injustices du système colonial Ho Chi Minh avait été dès sa jeunesse sensibilisé au sort de son pays et de son peuple. Après avoir exercé plusieurs petits métiers et parcouru toute l’Indochine, il s’exile à l’âge de 21 ans, devient cuisinier sur un bateau, visite les cinq continents, et s’installe en France, où il est jardinier, balayeur, groom, peintre… et écrit des pièces de théâtre sur des thèmes anticolonialistes.

Socialiste, il participe sous le nom de Nguyen Ai Quoc au congrès de Tours où il milite, avec la majorité, pour l’adhésion à l’Internationale Communiste. Dans l’intervention qu’il prononce, il toise les parlementaires et insiste sur la nécessité du travail anticolonial, aux côtés du jeune instituteur algérien Charles-André Julien, qui deviendra le premier grand historien anticolonialiste de l’Afrique du Nord. Au début des années 20, il s’enthousiasme pour la révolution rifaine et participe aux actions du jeune parti communiste contre la guerre du Rif. Il dira plus tard d’Abd El Krim qu’il est l’inventeur de la guérilla moderne, et son modèle.

En 1923, il est appelé à Moscou pour y recevoir une formation politique, puis s’occupe, avec l’aide de Mao Zedong, de créer un parti communiste en Indochine (Vietnam, Laos, Cambodge), ainsi qu’une Ligue pour l’indépendance du Vietnam (Viet Minh). C’est chose faite en 1930. Après divers épisodes où il connait la prison en Chine, il rentre au Vietnam. A la fin de la seconde guerre mondiale, mettant à profit la situation trouble créée par un coup de force japonais dans cette colonie française, le Viet Minh déclenche une révolution, et Ho Chi Minh proclame la République Démocratique du Vietnam. Commence alors la guerre d’Indochine, contre les occupants français. Elle se terminera par l’immense victoire de Dien Bien Phu. Mais les Français continuent d’occuper le sud du pays, et la guerre se poursuit, les États-Unis succédant à la France. Ho Chi Minh meurt en 1969, quand la guerre fait encore rage, peu après l’offensive du Têt qui en marque néanmoins un tournant. Cette guerre ne prendra fin qu’en 1975, et l’un des premiers actes du gouvernement du Vietnam réunifié sera de donner à la capitale Saïgon le nom d’Ho Chi Minh.

C’est vers la fin de la première guerre d’Indochine qu’Ewan McColl écrit sa ballade d’Ho Chi Minh : elle est enregistrée en 1954, alors que Dien Bien Phu est sur le point de tomber. Une ballade sur un rythme curieux, le troisième vers de chaque quatrain étant très long, ce qui conduit à une modulation musicale qui rappelle la musique indochinoise. Cette chanson a été traduite en vietnamien, où elle figure en particulier au répertoire habituel de la très populaire chanteuse Hồ Quỳnh Hương, née en 1980, soit cinq ans après la fin de la guerre du Vietnam. Elle a également été interprétée par Barbara Dane. Francesca Solleville l’a chantée en français.

Loin au delà des océans, chante Ewan McColl, vit un homme qui est le père des peuples d’Indochine, et son nom est Ho Chi Minh. Dans les montagnes comme dans les plaines, jeunes et vieux, ouvriers et paysans, se battent pour la liberté avec l’oncle Ho. Ho Chi Minh a été un marin au long cours sur les sept mers. Le travail et la peine étaient son lot ; l’exploitation a été son abécédaire. De retour, il a vu son pays natal, et le peuple indochinois dans la faim et le besoin, et partout des soldats étrangers. Ho Chi Minh est allé dans la montagne, et a entrainé un groupe déterminé, tous des héros qui ont juré de libérer le peuple d’Indochine et d’en évacuer les envahisseurs. De quatorze, ils sont devenus cent, et de cent mille, et Ho Chi Minh a forgé et trempé l’armée du peuple indochinois, l’armée de la liberté du Viet Minh. Chaque soldat est un fermier. Le soir, il empoigne sa houe, et le matin, il met son fusil en bandoulière : c’est l’armée de l’oncle Ho. Des jungles et des montagnes, des rizières et des plaines, marchent les hommes et les femmes de l’armée indochinoise, qui plantent la liberté avec les semences de la victoire. De Viet Bac au delta de Saïgon, marchent les armées du Viet Minh, et le vent gonfle les drapeaux du peuple indochinois, la paix, la liberté, et Ho Chi Minh.

THE BALLAD OF HO CHI MINH

Far away across the ocean,
Far beyond the sea’s eastern rim,
Lives a man who is father of the Indo-Chinese people,
And his name it is Ho Chi Minh.

Refrain:
Ho, Ho, Ho Chi Minh.
Ho, Ho, Ho Chi Minh.

From VietBac to the SaiGon Delta
From the mountains and plains below
Young and old workers, peasants and the toiling tenant farmers
Fight for freedom with Uncle Ho.

Refrain

Now Ho Chi Minh was a deep sea sailor
He served his time out on the seven seas
Work and hardship were part of his early education
Exploitation his ABC.

Refrain

Now Ho Chi Minh came back from sailing
And he looked out on his native land
Saw the want and the hunger of the Indo-Chinese people
Foreign soldiers on every hand.

Refrain

Now Ho Chi Minh went to the mountains
And he trained a determined band
Heroes all, who had sworn to liberate the Indo-Chinese people
Drive invaders from the land.

Refrain

Fourteen men became a hundred
A hundred thousand and Ho Chi Minh
Forged and tempered the army of the Indo-Chinese people
Freedom’s Army of Viet Minh.

Refrain

Every soldier is a farmer
Comes the evening and he grabs his hoe
Comes the morning he swings his rifle on his shoulder
This the army of Uncle Ho.

Refrain

From the jungles and the mountains
From the ricelands and the Plain of Reeds
March the men and the women of the Indo-Chinese Army
Planting freedom with vict’ry seeds.

Refrain

From VietBac to the SaiGon Delta
Marched the armies of Viet Minh
And the wind stirs the banners of the Indo-Chinese people
Peace and freedom and Ho Chi Minh.

Refrain

Ho!