On l’appelait le Troubadour du Travail. C’est du moins ainsi que Joe Glazer, un folksinger syndicaliste issu d’une famille d’immigrants juifs de Russie, a intitulé son autobiographie, parue en 2002. Et s’il a enregistré une trentaine de disques – pour l’essentiel des chansons syndicalistes, en particulier le répertoire des Wobblies avec les chansons de Joe Hill mais aussi des morceaux de sa propre main – c’est surtout dans l’action syndicale qu’il a passé sa vie, au syndicat des industries du pneu à celui des industries textiles. Né en 1918, il a brièvement participé aux Almanac Singers, contribuant en particulier à leurs enregistrements de chansons syndicalistes en 1941, Talkin’ Union. C’est sans doute peu après qu’il a rompu avec le parti communiste des USA, dont il n’avait pour autant jamais été membre, condamnant rétrospectivement le pacte germano-soviétique comme on l’entend dans la chanson de Walter Gourlay, dit Walter Cliff,  Darlin’ Party Line, présente sur ce site.

La fin de sa vie est un peu moins glorieuse. Dans sa nécrologie, en septembre 2006, le Washington Post précisait : « Monsieur Glazer rejoint en 1961 l’équipe de l’agence d’information US au Foreign Service […] et a été envoyé au Mexique comme officier l’information sur le mouvement syndical. Il est ensuite devenu conseiller pour les questions syndicales au Département d’État à Washington. » Autrement dit, en pleine guerre du Vietnam et à une époque où la chasse aux sorcières n’avait pas pris fin.

Old Bolshevik Song (La Chanson du vieux bolchevique), qu’il interprète en compagnie de Bill Friedland, est l’une des chansons anti-staliniennes qu’il a enregistrées au début des années 50, réunies dans un album de 1952, Ballads For Sectarians, Ballades pour les sectaires. Aussi caustique que Darlin’ Party Line, elle raconte les mésaventures d’un vieux bolchevique, qui après avoir rejoint le parti, encore gamin, en 1906 et fait le coup de feu jusqu’à la victoire de la Révolution d’Octobre, croupit dans les prisons du Guépéou. Partisan de Trotski en 1924, il capitule en 1928, mais sa capitulation n’a pas dû sembler assez sincère, de même que ses dénonciations de l’Opposition.

OLD BOLSHEVIK SONG

When I was a lad in 1906
I joined the band of Bolsheviks
So I read the Manifesto and Das Capital
And I even learned to sing The Internationale
(And he even learned to sing The International)

And I sang that song with a ring so true
That now I’m in the prisons of the Gay-Pay-Oo
(And he sang that song with a ring so true
That now he’s in the prisons of the Gay-Pay-Oo)

When Lenin’s boys the insurrection made
I found myself on the barricade
On Kerensky’s troops I turned my gun
And I didn’t stop shooting till the reds had won
(And we didn’t stop shooting till the reds had won)

And I fired that gun with an aim so true
That now I’m in the prisons of the Gay-Pay-Oo
(And he fired that gun with an aim so true
That now he’s in the prisons of the Gay-Pay-Oo)

When NEP was started and Lenin died
I found myself on Trotsky’s side
All went well till 28
And then I was forced to capitulate
(And then he was forced to capitulate)

And my capitulation had a ring so true
That now I’m in the prisons of the Gay-Pay-Oo
(And his capitulation had a ring so true
That now he’s in the prisons of the Gay-Pay-Oo)

From then till now I’ve had no peace
My steps have been dogged by the secret police
I denounced the Opposition time and again
I denounced the Opposition with tongue and pen
(He denouced the Opposition with tongue and pen)

And my denunciation had a ring sot true
That now I’m in the prisons of the Gay-Pay-Oo
(And his denunciation had a ring son true
That now he’s in the prisons of the Gay-Pay-Oo)

Now diversionists all wherever you may be
If you want to do as well as me
Confess to revolution and espionage
To wrecking railroads and sabotage
(To wrecking railroads and sabotage)

Adhere to the line of Lenin too
And you’ll end up in the prisons of the Gay-Pay-Oo
(Adhere to the line of Lenin too
And you’ll end up in the prisons of the Gay-Pay-Oo)