Il s’appelait John Chivington, et avait été pasteur méthodiste. Mais ce n’est pas en tant que pasteur qu’il s’est rendu célèbre, et même si la chanson qui suit l’appelle Reverend Chivington, ce n’est pas d’un homme d’église qu’elle parle : c’est de l’auteur de l’un des plus horribles massacres d’indiens de la conquête de l’Ouest, le massacre de Sand Creek, que certains préfèrent appeler la bataille de Sand Creek, et que d’autres appellent plus simplement le massacre Chivington. Il s’agit d’un épisode de ce que l’on a appelé aussi la guerre du Colorado, qui se déroula entre 1863 et 1865. Le massacre de Sand Creek prend place le 29 novembre 1864.

En 1851, les États-Unis, par le traité de Laramie, avaient généreusement concédé aux Indiens Arapahos et Cheyennes de vastes fractions de leur propre territoire : ce qui représente aujourd’hui le sud-est du Wyoming, le sud-ouest du Nebraska, l’est du Colorado et de larges portions de l’ouest du Kansas. Et puis est arrivé ce qui ne pouvait pas ne pas arriver, ce qui était déjà arrivé à chaque traité conclu depuis la Déclaration d’Indépendance entre les USA et les premiers habitants de son territoire. Rien, et surtout pas un traité conclu avec des Indiens, ne pouvait arrêter la colonisation. Mais dans ce cas particulier, les choses sont arrivées très vite et très fort, pour une raison qui est en elle-même révélatrice de l’ethos colonial d’un pays qui connaissait un impétueux développement capitaliste : en novembre 1858, de l’or était découvert dans le Colorado des montagnes rocheuses. Qu’est-ce dès lors qu’un traité ? Par milliers, des Blancs arrivaient à la recherche de leur fortune. Certains s’installaient purement et simplement. Les autorités locales demandaient un nouveau traité, et ce fut chose faite en 1861. Les territoires indiens se trouvaient divisés par 13. La nouvelle réserve était désormais limitée à quelques portions de l’est du Colorado.

Puis, survient la guerre civile, avec tout ce que cela peut comporter de présence militaire, même dans ces contrées reculées. Un régiment de volontaire du Colorado se constitue : c’est là qu’intervient le Révérend Chivington, qui en devient le colonel. Et commencent les exactions systématiques contre les Indiens Cheyennes. Car Chivington a une idée bien précise de ce qu’il faut faire avec les Indiens : « Que soit damné celui qui sympathise avec les Indiens ! Je suis venu tuer les Indiens, et je crois qu’il est juste et honorable d’utiliser tous les moyens existant sous le ciel de Dieu pour tuer les Indiens. Tuez-les et scalpez-les tous, les grands comme les petits ! » tel était le Credo de notre bon pasteur.

Beaucoup de jeunes guerriers désapprouvaient le traité que les chefs avaient été contraints d’accepter, et de nombreuses escarmouches les opposaient aux fermiers blancs installés sur leurs terres. Un traité de paix était en cours de négociation, et le chef Cheyenne Black Kettle, rejoint par les chefs Arapaho Niwot et White Antelope faisaient route vers Fort Lyon pour en poursuivre les pourparlers. Ils installèrent leur pacifique campement sur les bords de Big Sandy Creek. Le commandant de Fort Lyon s’était engagé à les protéger, et la plupart des guerriers se sont éloignés du camp pour chasser le bison, ne laissant au campement que les femmes et les enfants, et environ 75 hommes, trop jeunes ou trop vieux pour partir à la chasse.

Chevington était à la tête d’une armée de 700 hommes. Il se fit guider vers le camp de Black Kettle. Le 28 novembre au soir, les hommes se saoulèrent allégrement, fêtant leur glorieuse victoire par anticipation, et au matin du 29, le massacre commençait, malgré l’opposition de deux officiers, le capitaine Silas Soule et le lieutenant Joseph Cramer. Silas Soule devait être assassiné peu de temps après pour avoir sauvé son honneur. Le drapeau américain flottait sur le camp des Indiens, croisé d’un drapeau blanc dès le début de l’attaque. On ne fit pas de quartier. Un témoin raconte : « J’ai vu les corps coupés en morceaux, plus mutilés que ce que j’avais jamais vu auparavant ; les femmes coupées en morceau au couteau ; scalpées ; la cervelle éclatée ; des enfants de deux ou trois mois ; […] Par qui étaient-ils mutilés ? Par les troupes des États-Unis. » Un autre explique : « Des doigts et des oreilles étaient arrachés pour en retirer les bijoux. Le corps de White Antelope […] était une cible de choix. Après l’avoir scalpé, les soldats lui ont coupé le nez, les oreilles et les testicules – ces dernières pour en faire une blague à tabac. »

Le chiffre des victimes n’est pas établi avec précision. Chivington s’est prévalu de 5 à 600. Certains historiens estiment qu’il y eut 133 Indiens tués, dont 105 femmes et enfants. La plupart des estimations sont du même ordre de grandeur. Dans sa chanson, Peter La Farge retient le chiffre de 300. Ce n’est pas ici le lieu d’évoquer les conséquences de ce massacre. Il restera dans les mémoires indiennes, et les Blancs morts dans les mesures de rétorsion prises par les Indiens seront bien plus nombreux que les victimes de Chivington. Les guerres indiennes, dont ce massacre est un point tournant, dureront encore douze ans.

Une enquête parlementaire a été conduite sur le massacre Chevington, au terme de laquelle sa culpabilité a été établie, sans qu’aucune condamnation pénale ne s’ensuive.


THE CRIMSON PARSON

They called him the Crimson Parson, the Reverend Chivington
History don’t recommend him for the trouble he begun
« Kill and scalp all Indians, big and little! » was his cry
Nits make lice, let’s kill the babys too, let every Indian die.

Chorus:
Oh, the Reverend Coronel Chivington with the bible by his side
Oh, the Reverend Coronel Chivington he took a bloody ride
When he was done his ridin’, from hell’s belly hate was torn
For the Reverend Coronel Chivington started up a mighty war.

In the valley of the Sand Creeks lived a peacful dreaming tribe
Chivington knew them for peacful, but glory was his bride
In the middle of the night he fell upon the place
Three hundred Indians died at once, a victory in disgrace.

Fifteen were warriors, the rest woman and child
They scalped and massacred them all, Coronel Chivington went wild
The Arapaho and the Cheyenne though they’d been talkin’ peace
Died that night at Sand Creek, so they would not increase.

(Chorus)

Broken, bad hurt and outraged, North the survivors marched
Pickin’ up recruits as they went for revenge their throats were parched
They cut the overland stage route, struck down the telegraph poles
They killed more whites than Chivington reds and they took an unbibled toll

All the way up to Sitting Bull they told their bloody tale
And the warpipes smoked as they hadn’t smoked since they cut the Oregon Trail
Indian wars for just twelve years scattered about the land
And the Reverend Coronel Chivington done it all with his little band.

(Chorus)