Josh White est le seul artiste à avoir osé enregistrer Strange Fruit du vivant de Billie Holiday.

La chanson avait été écrite en 1937, sous le pseudonyme de Lewis Allan, par Abel Meeropol, un petit instituteur juif communiste de Brooklin, qui n’avait jamais mis les pieds dans le Sud, mais venait de lire un article relatif aux lynchages, et voulait « faire quelque chose ». Il avait proposé sa chanson au Café Society, où se produisaient tant Josh White que Billie Holiday. Et Billie s’était, dès 1939, approprié la chanson, non sans hésitation tant elle tranchait avec son répertoire habituel, mais avec enthousiasme, au point d’en faire sa signature, et de laisser entendre qu’elle en était l’auteure. Elle veillait sur « sa » chanson jalousement.

Plus tard dans sa vie, Abel Meeropol devait adopter les deux orphelins de Julius et Ethel Rosenberg, qu’il avait rencontrés lors d’une soirée de Noël chez W.E.B. DuBois après l’exécution de leurs parents – le crime le plus odieux de la chasse aux sorcières qui a marqué l’époque le la guerre froide aux États-Unis.

Par ses affiliations politiques, Josh White connaissait Meeropol (Lewis Allan) – dont il a chanté d’autres chansons, comme The Land I Live In que l’on trouve sur ce site dans la version de Paul Robeson. Il voulait chanter cette chanson, et le fit au Café Sociéty, avant de l’enregistrer lui-même, en 1942.

C’est assurément une version dont on peut penser qu’elle ne « vaut » pas celle de Billie Holiday. Elle n’est pour autant pas sans mérite. La voix suave de Josh White convient bien bien à ce texte, et son subtil jeu de guitare est bien dans son esprit.

STRANGE FRUIT

Southern trees bear strange fruit
Blood on the leaves and blood at the root
Black bodies swinging in the southern breeze
Strange fruit hanging from the poplar trees

Pastoral scene of the gallant south
The bulging eyes and the twisted mouth
Scent of magnolias, sweet and fresh
Then the sudden smell of burning flesh

Here is fruit for the crows to pluck
For the rain to gather, for the wind to suck
For the sun to rot, for the trees to drop
Here is a strange and bitter crop